Format : atelier en présence de Fabrice Dalongeville et Sophie Maisondieu
Fabrice Dalongeville est élu d’Auger St Vincent, l’un des protagonistes du documentaire, Les Doléances. Innovateur citoyen, il a cofondé en 2023-2024 le tiers-lieu Le Café citoyen d’Auger-Saint-Vincent, labellisé Fabrique de territoire. Il est également à l’origine de la mise en valeur nationale des cahiers de doléances de 2019 : festival, documentaire reconnu d’utilité publique (2025), et participation au comité de pilotage gouvernemental installé par le ministre Mignola. En 2025, il lance les États généraux communaux, initiative nationale de refondation démocratique, soutenue par la Fondation de France.
Sophie Maisondieu se dit “militante de la démocratie locale” avec une expérience de participation et d’animation dans tout dispositif qui favorise l’exercice démocratique ; à Paris elle a animé 2 conférences citoyennes, a soutenu volontairement des échanges dans le Grand débat.
Retrouvons-nous avec les collectifs parisiens et des élu·es pour raviver ce moment unique de consultation populaire, identifier ce qui compte vraiment, et imaginer ensemble ce qu’une démocratie participative peut rendre possible.
Tout au long du festival des doléances, nous viendrons questionner la place de la parole citoyenne dans notre pays. Pour nous y aider, différents intervenants se croiseront, avec la participation active des collectifs citoyens et celles et ceux qui seront présents.
Après des mois de préparation, des centaines d’heures de bénévolat, des dizaines de partenaires mobilisés et plusieurs milliers de kilomètres parcourus à travers la France pour valoriser la parole citoyenne, le moment est enfin arrivé : le 2e Festival national Les Doléances ouvre aujourd’hui ses portes à Auger-Saint-Vincent.
Pendant deux jours, notre petit village de l’Oise deviendra un lieu national de rencontre, de réflexion, de création et d’espérance démocratique autour d’une question simple : que faisons-nous de la parole citoyenne ?
Depuis sept ans, le travail engagé autour des cahiers de doléances de 2018-2019 n’a cessé de grandir. Longtemps oubliés dans les archives, ces millions de contributions constituent aujourd’hui l’un des plus importants corpus citoyens de l’histoire contemporaine française. Ils témoignent d’attentes fortes en matière de justice sociale, de démocratie, de services publics, de proximité, d’écologie et de reconnaissance.
Mais Les Doléances ne regardent pas seulement le passé.
Le festival est aussi tourné vers l’avenir. À travers les débats, les tables rondes, les projections, les rencontres avec les chercheurs, les artistes, les élus, les collectifs citoyens et les habitants, il s’agit de montrer que l’intelligence citoyenne existe, qu’elle produit des analyses, des récits, des propositions et qu’elle peut contribuer à construire de nouvelles manières de faire démocratie.
Cette année, plusieurs temps forts rythmeront le week-end : la présentation des travaux de recherche en cours, les échanges autour des archives citoyennes, les réflexions sur les États Généraux Communaux, les interventions d’artistes et de compagnies engagées dans la médiation culturelle, sans oublier les moments conviviaux qui font aussi la richesse de ce rendez-vous.
Car l’une des convictions du festival est que la démocratie ne se réduit pas aux institutions. Elle se nourrit également de culture, de rencontres, de récits partagés et de la capacité des citoyens à penser ensemble leur avenir.
À Auger-Saint-Vincent, nous faisons le pari qu’un petit village peut devenir un grand lieu de débat national. Nous faisons le pari que les territoires ruraux peuvent être des espaces d’innovation démocratique. Nous faisons le pari que les citoyens ont encore beaucoup à dire et à construire.
Aujourd’hui, ce pari prend vie. Bienvenue au 2e Festival Les Doléances. Et surtout, bienvenue à celles et ceux qui continuent de croire que la démocratie est une aventure collective.
Après deux soirs à Paris au théâtre de l’Opprimé, les 23 et 24 juin prochain, la pièce Les doléances, la fable de l’écoute, mise en scène par Stanislas Roquette, les cahiers de doléances du Grand Débat National initié en 2019 prennent vie. Dans une plongée dans les cahiers de doléances du département de la Somme, c’est une plongée démocratique dans les colères et les espoirs des gens.
Jouée en avant première au Café citoyen le 10 mars dernier, la pièce jongle entre témoignages lus, images de cette époque – pas si éloignée que ça – et questionnements sur la démocratie bien sûr, sur les valeurs et la promesse républicaine ensuite.
Avant Avignon, la compagnie en résidence à la maison de la culture à Amiens (Picardie) se produira à Paris deux soirs, les 23 et 24 juin au Théâtre de l’Opprimé.
Il y a sept ans, des millions de françaises et de français expriment leur colère et leur espoir. Sur les ronds-points, dans la rue, sur les places. Beaucoup prennent la plume aussi. Dans les mairies, lors de réunions publiques. Des cahiers de doléances se multiplient et donnent à voir l’intelligence citoyenne. Toutes ces pages racontent les difficultés, les attentes, les solutions possibles.
Pendant longtemps, cette parole est restée dans l’ombre. Depuis plusieurs années, avec de nombreux citoyens, chercheurs, élus, artistes et associations, nous travaillons les uns et les autres pour qu’elle retrouve sa place dans notre histoire démocratique bien sûr, mais aussi – et surtout – dans le débat politique.
Le 11 mars 2025, une première victoire est obtenue : l’Assemblée nationale vote à l’unanimité une résolution demandant la valorisation des cahiers de doléances de 2019. Quelques mois plus tard, le gouvernement Lecornu choisit de confier au Campus Condorcet et aux collectifs citoyens doléances de travailler à la publicisation de ce trésor national sur une plateforme internet.
Les 12 et 13 juin prochains, à Auger-Saint-Vincent, nous organisons la deuxième édition du Festival national Les Doléances et nous parlerons de tout ça, bien sûr, mais aussi de bien plus…
Nous échangerons sur la démocratie à travers la culture. Où les artistes rencontrent les chercheurs. Où les citoyens dialoguent avec les élus. Où les paroles de 1789, de 1945 et de 2019 se répondent.
Au fond, une question nous anime : Que faisons-nous de la parole citoyenne lorsque les citoyens ont parlé ?
Le dossier de presse est désormais disponible. Je vous invite à le découvrir, à le partager et, pourquoi pas, à nous rejoindre les 12 et 13 juin.
Et si la parole citoyenne redevenait un moteur de transformation démocratique ?
Après une première édition fondatrice en mai 2025, nous lançons la deuxième édition du Festival des doléances. Deux jours pour faire vivre une conviction simple : les citoyens ne sont pas seulement à écouter, ils sont à associer, à reconnaître, à mettre en capacité d’agir.
Ce festival s’inscrit dans un moment particulier. Celui où la question n’est plus seulement : que disent les citoyens ? Mais bien : que fait-on de ce qu’ils disent ?
👉 Au programme : – Paroles libres et témoignages; – Table ronde sur la publicisation des cahiers de doléances (avec le Campus Condorcet); – Conférence de l’historienne Danielle Tartakowsky sur les États généraux de la Renaissance française de 1945; – Interpellation autour des États généraux communaux; – Débat : la bataille des récits; – Et une création théâtrale citoyenne : « On est là ! Une épopée citoyenne », par la compagnie Atmosphère théâtre, en complicité avec le Placard à ballets.
Ce festival est à la fois un espace de débat, de culture et d’action. Un lieu où se croisent habitants, élus, chercheurs, artistes et collectifs.
Il est porté par l’association Les doléances et le Café citoyen d’Auger-Saint-Vincent, tiers-lieu d’innovation citoyenne et culturelle, avec le soutien de la Fondation de France et de l’ANCT – France Tiers-Lieux.
👉 Dans un contexte où la centralisation reprend du terrain, nous faisons le pari inverse : celui d’une République qui se reconstruit depuis les communes et avec les citoyens.
Côté pratique, le festival ouvrira ses portes le vendredi 12 juin à partir de 17h. Il les refermera le samedi soir à minuit trente. Comme l’an passé, un espace camping sera ouvert au stade municipal. Les organisateurs ne prennent pas en charge la recherche d’hébergements. En revanche, nous organiserons un système de navette en mode co-voiturage depuis la gare de Crépy-en-Valois, située à 8 kilomètres d’Auger-Saint-Vincent.
Élu(e)s-Citoyen(ne)s : Décider ensemble, c’est possible !
Depuis les gilets jaunes jusqu’à la convention citoyenne en passant par les Doléances, la question démocratique arrive en tête des revendications citoyennes (avec le pouvoir d’achat et la justice fiscale) pour y répondre des expériences ont vu le jour.
A l’occasion des municipales, Fréquence Droits donne la parole à deux démarches audacieuses, représentées par :
En 2018-2019, des milliers de citoyens ont écrit leurs doléances dans les communes françaises. Dans la Somme, un travail de recherche a permis d’identifier 234 cahiers provenant de communes du département, révélant la richesse de ce moment d’expression démocratique. Les résultats de cette enquête ont été présentés le 10 février 2026 aux Archives départementales de la Somme, à Amiens.
Que disent réellement les cahiers de doléances ouverts dans les communes lors de la crise des Gilets jaunes ? Dans la Somme, un collectif de chercheurs s’est engagé dans un travail approfondi pour retrouver, comprendre et analyser ces milliers de contributions citoyennes rédigées entre décembre 2018 et le printemps 2019.
Leurs travaux ont été présentés le mardi 10 février 2026 aux Archives départementales de la Somme, à Amiens, lors d’une conférence donnée par l’historien Romain Benoît-Lévy, docteur en histoire, chercheur associé au laboratoire Tempora et professeur d’histoire-géographie au lycée L’Agora de Puteaux.
Retrouver les cahiers avant toute chose
Cette recherche s’inscrit dans un travail collectif réunissant plusieurs chercheurs issus notamment de l’EHESS, du CNRS, de la Sorbonne et de l’Université Paris-Cité, qui se sont donné pour objectif de prendre les cahiers de doléances au sérieux comme source politique et historique, et non comme un simple épisode du Grand débat national.
La première étape de ce travail a consisté à retrouver les cahiers eux-mêmes. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ces documents ne sont pas faciles à localiser. Ouverts dans les mairies au cœur de la mobilisation des Gilets jaunes, ils ont ensuite circulé entre différents acteurs institutionnels : préfectures, Association des maires de France, Association des maires ruraux de France, Bibliothèque nationale de France, Archives nationales et Archives départementales.
Cette circulation a parfois produit plusieurs versions d’un même cahier, sous forme de copies ou de numérisations. Les chercheurs ont donc mené une véritable enquête archivistique afin de reconstituer le parcours administratif de ces documents. Au terme de ce travail d’inventaire, 234 cahiers ont pu être identifiés pour l’ensemble du département de la Somme, même si tous ne sont pas conservés dans les mêmes dépôts d’archives. Avant même d’en analyser le contenu, il fallait donc comprendre leur histoire matérielle et institutionnelle.
L’étude montre également qu’il n’existe pas un seul type de cahier de doléances. Dans la Somme, on trouve des cahiers ouverts en mairie, mais aussi des cahiers rédigés sur les ronds-points par des groupes de Gilets jaunes, des contributions envoyées par courrier ou par courriel, ainsi que des cahiers intégrés ensuite dans le cadre du Grand débat national.
La grande majorité des contributions est manuscrite – environ 80 % des textes – mais certaines sont dactylographiées ou imprimées. Les formes d’expression varient considérablement : listes de revendications, propositions politiques, lettres argumentées ou témoignages personnels. Cette diversité confirme que les cahiers ne constituent pas un simple dispositif administratif mais un véritable espace d’expression politique pluriel.
Plusieurs séquences distinctes, des cahiers comme espace de discussion
L’analyse chronologique fait apparaître plusieurs séquences dans ce moment démocratique. De nombreux cahiers sont ouverts dès décembre 2018, souvent à l’initiative de citoyens ou de maires. Mais le 15 janvier 2019 marque une date charnière avec le lancement officiel du Grand débat national, qui entraîne une seconde vague d’ouverture de cahiers et modifie leur cadre institutionnel. Les cahiers deviennent alors un point de rencontre entre plusieurs formes de mobilisation : les ronds-points des Gilets jaunes, les manifestations, les réunions publiques locales et les dispositifs du débat national.
Contrairement à l’image parfois donnée d’une simple accumulation de revendications, les cahiers révèlent souvent un véritable dialogue entre citoyens. Dans certaines communes, les contributions se répondent, se complètent ou se corrigent. Les cahiers deviennent ainsi un lieu de discussion où se construit progressivement un langage politique commun. La référence à 1789 et à la tradition historique des cahiers de doléances est d’ailleurs fréquemment mobilisée par les contributeurs. Pour certains d’entre eux, il s’agit explicitement de renouer avec cet héritage démocratique afin de faire entendre les attentes du présent.
Un registre politique très présent autour de l’équité et du partage
L’analyse des textes fait également apparaître un registre politique très présent : celui du scandale et de l’indignation face aux inégalités. Les écarts de revenus, les privilèges des responsables politiques ou certaines décisions fiscales sont régulièrement dénoncés comme injustes. Mais ces critiques s’accompagnent souvent de propositions concrètes. Les auteurs des doléances ne se présentent pas seulement comme des protestataires ; ils se positionnent aussi comme des citoyens capables de contribuer à la réflexion collective et à la transformation de la vie publique.
Derrière la diversité des sujets abordés, un fil conducteur apparaît : la recherche d’une forme de justice dans la répartition des ressources et des responsabilités. De nombreuses contributions reposent sur une logique de proportion, visant à réduire certains privilèges, à rééquilibrer la fiscalité ou à renforcer le pouvoir d’achat des plus modestes. Les cahiers révèlent ainsi une réflexion politique structurée autour de la question de l’équité et du partage.
Pour les chercheurs, les cahiers de doléances constituent aujourd’hui une source exceptionnelle pour comprendre la société française contemporaine. Ils témoignent d’un moment où des milliers de citoyens ont pris la plume pour formuler critiques, diagnostics et propositions pour l’avenir. Un matériau démocratique considérable, dont l’étude ne fait que commencer et qui rappelle une évidence trop souvent oubliée : la démocratie ne se limite pas au vote, elle s’écrit aussi.
Le mardi 10 mars 2026 à 20h30, le Café citoyen d’Auger-Saint-Vincent accueille l’avant-première de DOLÉANCES – La fable de l’écoute, une création théâtrale puissante et profondément politique, portée par la Compagnie Artépo et mise en scène par Stanislas Roquette.
Cette pièce prend appui sur un matériau brut, rare, bouleversant : les cahiers de doléances du Grand Débat National (2019).Des centaines de milliers de contributions manuscrites, rédigées dans les mairies de France, témoignages d’existences ordinaires, colères sociales, appels à la justice, propositions radicales ou poétiques. Une parole citoyenne massive, longtemps reléguée dans les archives, et restée largement hors du débat public. La pièce fait dont la pari inverse : ouvrir ces cahiers, les lire, les dire, les incarner. Sur scène, deux actrices et un acteur donnent chair à ces textes, dans un théâtre de parole vivante, sensible, parfois drôle, souvent brûlant. La création interroge autant la vitalité démocratique que l’angle mort de l’écoute politique :
Comment a-t-on pu autant faire parler, et si peu écouter ? Cette avant-première s’inscrit dans une histoire déjà ancienne entre Auger-Saint-Vincent, le théâtre et les doléances. En 2021, au sortir de la séquence des Gilets jaunes et du Grand Débat, la toute première pièce de théâtre consacrée aux doléances citoyennes était présentée en avant-première à Auger-Saint-Vincent par la compagnie Atmosphère Théâtre.
La mise en scène était assurée par Marie Liagre, directrice de la compagnie, en association avec Hélène Desplanques, auteure et réalisatrice, dont les travaux ont largement contribué à faire connaître la richesse et la portée politique des cahiers de doléances. Cinq ans plus tard, le théâtre revient à Auger-Saint-Vincent pour évoquer à nouveau ces doléances. Non comme un simple rappel, mais comme une continuité, une persévérance : celle de ne pas laisser cette parole citoyenne sombrer dans l’oubli, et de continuer à la faire circuler, entendre, discuter.
UN LIEU EN RÉSONANCE : LE CAFÉ CITOYEN
Que cette avant-première ait lieu au Café citoyen n’a rien d’anodin. Installé au cœur d’un village rural, ce tiers-lieu est depuis plusieurs années un espace d’assemblée, de culture, de débat, de convivialité et d’expérimentation démocratique. Un lieu où la parole circule, se confronte, s’élabore collectivement. Accueillir DOLÉANCES au Café citoyen, c’est faire dialoguer le théâtre et la démocratie locale, la scène et la commune, l’art et le politique. C’est aussi affirmer que les villages, eux aussi, sont des lieux de pensée, de création et de réinvention démocratique.
UNE COMPAGNIE ENGAGÉE DANS LA PAROLE
Implantée à Amiens, la Compagnie Artépo développe depuis sa création un travail artistique exigeant autour de la parole : parole poétique, parole intime, parole politique, art oratoire. Elle est aujourd’hui compagnie associée et sociétaire à la Comédie de Picardie, et accompagnée dans le cadre d’une résidence territoriale avec Amiens Métropole. Avec DOLÉANCES, Artépo prolonge cette recherche en s’emparant d’un corpus exceptionnel, à la croisée de l’histoire politique, de la littérature citoyenne et du théâtre contemporain. La pièce s’inscrit dans une dynamique plus large de résidences de territoire, d’ateliers d’écriture, de groupes de parole et de restitutions publiques, visant à élargir et réactiver l’exercice démocratique.
C’est une avancée majeure. C’est une victoire décisive pour les #cahiersdedoléances et la parole citoyenne.
Après des années de mobilisation et de travail collectif, l’arbitrage du cabinet du Premier ministre Sébastien Lecornu vient de valider officiellement la mise en ligne et l’accessibilité des cahiers de doléances confiée à Campus Condorcet.
Cette décision marque un tournant politique et démocratique : les doléances de 2018-2019 ne resteront pas dans l’ombre. Elles vont bientôt entrer vraiment dans l’espace public, comme corpus vivant et accessible par toutes et tous.
Plusieurs points essentiels sont actés : 👉 Le choix de repartir du corpus existant, celui des cahiers photocopiés puis numérisés en 2019. C’est une reconnaissance claire de l’existant, du travail déjà accompli et de l’urgence démocratique qu’il représente. 👉 La mise en place d’un dispositif de “correction” et d’amélioration continue, après la mise en ligne. Autrement dit : le corpus ne sera pas figé. Il pourra être enrichi, précisé, consolidé dans le temps. 👉 La reconnaissance du rôle des collectifs citoyens, aujourd’hui mobilisés pour la publication des cahiers de doléances. La phase de test permettra de définir juridiquement et techniquement les modalités de leur association à l’amélioration de la qualité du corpus, sans qu’ils soient considérés comme de simples sous-traitants. C’est un point fondamental : la parole citoyenne n’est pas une prestation, c’est un bien commun démocratique.
Enfin, une visite prochaine du Campus Condorcet est annoncée. Elle viendra clore les travaux du groupe de travail et permettra de présenter concrètement les modalités de mise en œuvre et de pilotage de la suite du projet.
Cette décision est une victoire collective. Une victoire pour celles et ceux qui ont écrit, lu, archivé, défendu et fait vivre les #doléances. Une victoire pour toutes celles et ceux qui refusent que cet immense acte démocratique soit relégué au silence. Une victoire pour l’idée simple mais exigeante que la démocratie ne s’enterre pas, elle se partage.
Dans l’Ouest lyonnais rural, les cahiers de doléances racontent la France des territoires
Que disent vraiment les cahiers de doléances ouverts au moment du mouvement des Gilets jaunes ? Une étude menée par l’historien François Robert, du laboratoire Triangle (CNRS – ENS Lyon – Université Lyon 2), apporte un éclairage précieux à partir d’un territoire rural emblématique : l’Ouest lyonnais.
Son travail analyse les contributions recueillies dans quatre vallées structurantes du territoire — Turdine, Brévenne, Azergues et Trambouze — soit 67 communes rurales et périurbaines. Parmi elles, 48 ont ouvert un cahier, permettant de recueillir 371 doléances. Un chiffre significatif, qui témoigne d’un besoin réel d’expression citoyenne dans ces territoires.
Une parole enracinée dans le quotidien
Premier enseignement : les doléances parlent d’abord de la vie concrète. Mobilité dépendante de la voiture, hausse du coût de l’énergie, difficultés d’accès aux soins, fragilité du monde agricole ou encore inquiétudes environnementales structurent largement les contributions.
Les habitants expriment souvent un sentiment d’étau : ils reconnaissent la nécessité de la transition écologique, mais refusent qu’elle se traduise par une aggravation des inégalités sociales ou territoriales. Derrière ces témoignages apparaît une demande forte de politiques publiques mieux adaptées aux réalités rurales.
Pouvoir d’achat et justice sociale au cœur des préoccupations
L’étude met également en évidence la centralité des questions économiques. Fiscalité jugée injuste, stagnation des salaires, retraites insuffisantes et augmentation du coût de la vie alimentent un profond sentiment d’injustice sociale.
Dans de nombreuses contributions, la critique porte moins sur le principe de l’impôt que sur son manque de lisibilité et sur l’impression d’un effort inégalement réparti entre les citoyens.
Une crise démocratique exprimée avec force
Autre enseignement majeur : la défiance vis-à-vis du fonctionnement démocratique. De nombreux auteurs dénoncent une distance grandissante entre citoyens et décideurs publics, évoquent un manque d’écoute et remettent en cause la sincérité de certains dispositifs de consultation.
Les cahiers témoignent aussi d’une aspiration forte à des formes nouvelles de participation citoyenne, avec des propositions récurrentes autour du référendum d’initiative citoyenne ou du renforcement de la démocratie locale.
Des réalités territoriales qui persistent
L’analyse révèle également des spécificités locales. Dans la vallée de la Trambouze, la disparition progressive des services publics et la question des déserts médicaux apparaissent comme des préoccupations centrales. Dans d’autres vallées, la mobilisation sociale et la nécessité de recréer des espaces de dialogue public occupent une place importante.
Un élément frappant ressort de l’ensemble du corpus : chaque doléance aborde en moyenne plusieurs thématiques à la fois, révélant l’imbrication étroite entre enjeux sociaux, économiques, environnementaux et démocratiques.
Une mémoire vivante de la parole citoyenne
Au-delà de leur dimension conjoncturelle, les cahiers de doléances apparaissent, à travers cette étude, comme un observatoire précieux des attentes citoyennes contemporaines. Ils rappellent que, dans les territoires ruraux comme ailleurs, la demande de reconnaissance, d’écoute et de participation démocratique reste particulièrement vive.