Format : atelier en présence de Fabrice Dalongeville et Sophie Maisondieu
Fabrice Dalongeville est élu d’Auger St Vincent, l’un des protagonistes du documentaire, Les Doléances. Innovateur citoyen, il a cofondé en 2023-2024 le tiers-lieu Le Café citoyen d’Auger-Saint-Vincent, labellisé Fabrique de territoire. Il est également à l’origine de la mise en valeur nationale des cahiers de doléances de 2019 : festival, documentaire reconnu d’utilité publique (2025), et participation au comité de pilotage gouvernemental installé par le ministre Mignola. En 2025, il lance les États généraux communaux, initiative nationale de refondation démocratique, soutenue par la Fondation de France.
Sophie Maisondieu se dit “militante de la démocratie locale” avec une expérience de participation et d’animation dans tout dispositif qui favorise l’exercice démocratique ; à Paris elle a animé 2 conférences citoyennes, a soutenu volontairement des échanges dans le Grand débat.
Retrouvons-nous avec les collectifs parisiens et des élu·es pour raviver ce moment unique de consultation populaire, identifier ce qui compte vraiment, et imaginer ensemble ce qu’une démocratie participative peut rendre possible.
En 2018-2019, des milliers de citoyens ont écrit leurs doléances dans les communes françaises. Dans la Somme, un travail de recherche a permis d’identifier 234 cahiers provenant de communes du département, révélant la richesse de ce moment d’expression démocratique. Les résultats de cette enquête ont été présentés le 10 février 2026 aux Archives départementales de la Somme, à Amiens.
Que disent réellement les cahiers de doléances ouverts dans les communes lors de la crise des Gilets jaunes ? Dans la Somme, un collectif de chercheurs s’est engagé dans un travail approfondi pour retrouver, comprendre et analyser ces milliers de contributions citoyennes rédigées entre décembre 2018 et le printemps 2019.
Leurs travaux ont été présentés le mardi 10 février 2026 aux Archives départementales de la Somme, à Amiens, lors d’une conférence donnée par l’historien Romain Benoît-Lévy, docteur en histoire, chercheur associé au laboratoire Tempora et professeur d’histoire-géographie au lycée L’Agora de Puteaux.
Retrouver les cahiers avant toute chose
Cette recherche s’inscrit dans un travail collectif réunissant plusieurs chercheurs issus notamment de l’EHESS, du CNRS, de la Sorbonne et de l’Université Paris-Cité, qui se sont donné pour objectif de prendre les cahiers de doléances au sérieux comme source politique et historique, et non comme un simple épisode du Grand débat national.
La première étape de ce travail a consisté à retrouver les cahiers eux-mêmes. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ces documents ne sont pas faciles à localiser. Ouverts dans les mairies au cœur de la mobilisation des Gilets jaunes, ils ont ensuite circulé entre différents acteurs institutionnels : préfectures, Association des maires de France, Association des maires ruraux de France, Bibliothèque nationale de France, Archives nationales et Archives départementales.
Cette circulation a parfois produit plusieurs versions d’un même cahier, sous forme de copies ou de numérisations. Les chercheurs ont donc mené une véritable enquête archivistique afin de reconstituer le parcours administratif de ces documents. Au terme de ce travail d’inventaire, 234 cahiers ont pu être identifiés pour l’ensemble du département de la Somme, même si tous ne sont pas conservés dans les mêmes dépôts d’archives. Avant même d’en analyser le contenu, il fallait donc comprendre leur histoire matérielle et institutionnelle.
L’étude montre également qu’il n’existe pas un seul type de cahier de doléances. Dans la Somme, on trouve des cahiers ouverts en mairie, mais aussi des cahiers rédigés sur les ronds-points par des groupes de Gilets jaunes, des contributions envoyées par courrier ou par courriel, ainsi que des cahiers intégrés ensuite dans le cadre du Grand débat national.
La grande majorité des contributions est manuscrite – environ 80 % des textes – mais certaines sont dactylographiées ou imprimées. Les formes d’expression varient considérablement : listes de revendications, propositions politiques, lettres argumentées ou témoignages personnels. Cette diversité confirme que les cahiers ne constituent pas un simple dispositif administratif mais un véritable espace d’expression politique pluriel.
Plusieurs séquences distinctes, des cahiers comme espace de discussion
L’analyse chronologique fait apparaître plusieurs séquences dans ce moment démocratique. De nombreux cahiers sont ouverts dès décembre 2018, souvent à l’initiative de citoyens ou de maires. Mais le 15 janvier 2019 marque une date charnière avec le lancement officiel du Grand débat national, qui entraîne une seconde vague d’ouverture de cahiers et modifie leur cadre institutionnel. Les cahiers deviennent alors un point de rencontre entre plusieurs formes de mobilisation : les ronds-points des Gilets jaunes, les manifestations, les réunions publiques locales et les dispositifs du débat national.
Contrairement à l’image parfois donnée d’une simple accumulation de revendications, les cahiers révèlent souvent un véritable dialogue entre citoyens. Dans certaines communes, les contributions se répondent, se complètent ou se corrigent. Les cahiers deviennent ainsi un lieu de discussion où se construit progressivement un langage politique commun. La référence à 1789 et à la tradition historique des cahiers de doléances est d’ailleurs fréquemment mobilisée par les contributeurs. Pour certains d’entre eux, il s’agit explicitement de renouer avec cet héritage démocratique afin de faire entendre les attentes du présent.
Un registre politique très présent autour de l’équité et du partage
L’analyse des textes fait également apparaître un registre politique très présent : celui du scandale et de l’indignation face aux inégalités. Les écarts de revenus, les privilèges des responsables politiques ou certaines décisions fiscales sont régulièrement dénoncés comme injustes. Mais ces critiques s’accompagnent souvent de propositions concrètes. Les auteurs des doléances ne se présentent pas seulement comme des protestataires ; ils se positionnent aussi comme des citoyens capables de contribuer à la réflexion collective et à la transformation de la vie publique.
Derrière la diversité des sujets abordés, un fil conducteur apparaît : la recherche d’une forme de justice dans la répartition des ressources et des responsabilités. De nombreuses contributions reposent sur une logique de proportion, visant à réduire certains privilèges, à rééquilibrer la fiscalité ou à renforcer le pouvoir d’achat des plus modestes. Les cahiers révèlent ainsi une réflexion politique structurée autour de la question de l’équité et du partage.
Pour les chercheurs, les cahiers de doléances constituent aujourd’hui une source exceptionnelle pour comprendre la société française contemporaine. Ils témoignent d’un moment où des milliers de citoyens ont pris la plume pour formuler critiques, diagnostics et propositions pour l’avenir. Un matériau démocratique considérable, dont l’étude ne fait que commencer et qui rappelle une évidence trop souvent oubliée : la démocratie ne se limite pas au vote, elle s’écrit aussi.
Le mardi 10 mars 2026 à 20h30, le Café citoyen d’Auger-Saint-Vincent accueille l’avant-première de DOLÉANCES – La fable de l’écoute, une création théâtrale puissante et profondément politique, portée par la Compagnie Artépo et mise en scène par Stanislas Roquette.
Cette pièce prend appui sur un matériau brut, rare, bouleversant : les cahiers de doléances du Grand Débat National (2019).Des centaines de milliers de contributions manuscrites, rédigées dans les mairies de France, témoignages d’existences ordinaires, colères sociales, appels à la justice, propositions radicales ou poétiques. Une parole citoyenne massive, longtemps reléguée dans les archives, et restée largement hors du débat public. La pièce fait dont la pari inverse : ouvrir ces cahiers, les lire, les dire, les incarner. Sur scène, deux actrices et un acteur donnent chair à ces textes, dans un théâtre de parole vivante, sensible, parfois drôle, souvent brûlant. La création interroge autant la vitalité démocratique que l’angle mort de l’écoute politique :
Comment a-t-on pu autant faire parler, et si peu écouter ? Cette avant-première s’inscrit dans une histoire déjà ancienne entre Auger-Saint-Vincent, le théâtre et les doléances. En 2021, au sortir de la séquence des Gilets jaunes et du Grand Débat, la toute première pièce de théâtre consacrée aux doléances citoyennes était présentée en avant-première à Auger-Saint-Vincent par la compagnie Atmosphère Théâtre.
La mise en scène était assurée par Marie Liagre, directrice de la compagnie, en association avec Hélène Desplanques, auteure et réalisatrice, dont les travaux ont largement contribué à faire connaître la richesse et la portée politique des cahiers de doléances. Cinq ans plus tard, le théâtre revient à Auger-Saint-Vincent pour évoquer à nouveau ces doléances. Non comme un simple rappel, mais comme une continuité, une persévérance : celle de ne pas laisser cette parole citoyenne sombrer dans l’oubli, et de continuer à la faire circuler, entendre, discuter.
UN LIEU EN RÉSONANCE : LE CAFÉ CITOYEN
Que cette avant-première ait lieu au Café citoyen n’a rien d’anodin. Installé au cœur d’un village rural, ce tiers-lieu est depuis plusieurs années un espace d’assemblée, de culture, de débat, de convivialité et d’expérimentation démocratique. Un lieu où la parole circule, se confronte, s’élabore collectivement. Accueillir DOLÉANCES au Café citoyen, c’est faire dialoguer le théâtre et la démocratie locale, la scène et la commune, l’art et le politique. C’est aussi affirmer que les villages, eux aussi, sont des lieux de pensée, de création et de réinvention démocratique.
UNE COMPAGNIE ENGAGÉE DANS LA PAROLE
Implantée à Amiens, la Compagnie Artépo développe depuis sa création un travail artistique exigeant autour de la parole : parole poétique, parole intime, parole politique, art oratoire. Elle est aujourd’hui compagnie associée et sociétaire à la Comédie de Picardie, et accompagnée dans le cadre d’une résidence territoriale avec Amiens Métropole. Avec DOLÉANCES, Artépo prolonge cette recherche en s’emparant d’un corpus exceptionnel, à la croisée de l’histoire politique, de la littérature citoyenne et du théâtre contemporain. La pièce s’inscrit dans une dynamique plus large de résidences de territoire, d’ateliers d’écriture, de groupes de parole et de restitutions publiques, visant à élargir et réactiver l’exercice démocratique.
C’est une avancée majeure. C’est une victoire décisive pour les #cahiersdedoléances et la parole citoyenne.
Après des années de mobilisation et de travail collectif, l’arbitrage du cabinet du Premier ministre Sébastien Lecornu vient de valider officiellement la mise en ligne et l’accessibilité des cahiers de doléances confiée à Campus Condorcet.
Cette décision marque un tournant politique et démocratique : les doléances de 2018-2019 ne resteront pas dans l’ombre. Elles vont bientôt entrer vraiment dans l’espace public, comme corpus vivant et accessible par toutes et tous.
Plusieurs points essentiels sont actés : 👉 Le choix de repartir du corpus existant, celui des cahiers photocopiés puis numérisés en 2019. C’est une reconnaissance claire de l’existant, du travail déjà accompli et de l’urgence démocratique qu’il représente. 👉 La mise en place d’un dispositif de “correction” et d’amélioration continue, après la mise en ligne. Autrement dit : le corpus ne sera pas figé. Il pourra être enrichi, précisé, consolidé dans le temps. 👉 La reconnaissance du rôle des collectifs citoyens, aujourd’hui mobilisés pour la publication des cahiers de doléances. La phase de test permettra de définir juridiquement et techniquement les modalités de leur association à l’amélioration de la qualité du corpus, sans qu’ils soient considérés comme de simples sous-traitants. C’est un point fondamental : la parole citoyenne n’est pas une prestation, c’est un bien commun démocratique.
Enfin, une visite prochaine du Campus Condorcet est annoncée. Elle viendra clore les travaux du groupe de travail et permettra de présenter concrètement les modalités de mise en œuvre et de pilotage de la suite du projet.
Cette décision est une victoire collective. Une victoire pour celles et ceux qui ont écrit, lu, archivé, défendu et fait vivre les #doléances. Une victoire pour toutes celles et ceux qui refusent que cet immense acte démocratique soit relégué au silence. Une victoire pour l’idée simple mais exigeante que la démocratie ne s’enterre pas, elle se partage.
Dans l’Ouest lyonnais rural, les cahiers de doléances racontent la France des territoires
Que disent vraiment les cahiers de doléances ouverts au moment du mouvement des Gilets jaunes ? Une étude menée par l’historien François Robert, du laboratoire Triangle (CNRS – ENS Lyon – Université Lyon 2), apporte un éclairage précieux à partir d’un territoire rural emblématique : l’Ouest lyonnais.
Son travail analyse les contributions recueillies dans quatre vallées structurantes du territoire — Turdine, Brévenne, Azergues et Trambouze — soit 67 communes rurales et périurbaines. Parmi elles, 48 ont ouvert un cahier, permettant de recueillir 371 doléances. Un chiffre significatif, qui témoigne d’un besoin réel d’expression citoyenne dans ces territoires.
Une parole enracinée dans le quotidien
Premier enseignement : les doléances parlent d’abord de la vie concrète. Mobilité dépendante de la voiture, hausse du coût de l’énergie, difficultés d’accès aux soins, fragilité du monde agricole ou encore inquiétudes environnementales structurent largement les contributions.
Les habitants expriment souvent un sentiment d’étau : ils reconnaissent la nécessité de la transition écologique, mais refusent qu’elle se traduise par une aggravation des inégalités sociales ou territoriales. Derrière ces témoignages apparaît une demande forte de politiques publiques mieux adaptées aux réalités rurales.
Pouvoir d’achat et justice sociale au cœur des préoccupations
L’étude met également en évidence la centralité des questions économiques. Fiscalité jugée injuste, stagnation des salaires, retraites insuffisantes et augmentation du coût de la vie alimentent un profond sentiment d’injustice sociale.
Dans de nombreuses contributions, la critique porte moins sur le principe de l’impôt que sur son manque de lisibilité et sur l’impression d’un effort inégalement réparti entre les citoyens.
Une crise démocratique exprimée avec force
Autre enseignement majeur : la défiance vis-à-vis du fonctionnement démocratique. De nombreux auteurs dénoncent une distance grandissante entre citoyens et décideurs publics, évoquent un manque d’écoute et remettent en cause la sincérité de certains dispositifs de consultation.
Les cahiers témoignent aussi d’une aspiration forte à des formes nouvelles de participation citoyenne, avec des propositions récurrentes autour du référendum d’initiative citoyenne ou du renforcement de la démocratie locale.
Des réalités territoriales qui persistent
L’analyse révèle également des spécificités locales. Dans la vallée de la Trambouze, la disparition progressive des services publics et la question des déserts médicaux apparaissent comme des préoccupations centrales. Dans d’autres vallées, la mobilisation sociale et la nécessité de recréer des espaces de dialogue public occupent une place importante.
Un élément frappant ressort de l’ensemble du corpus : chaque doléance aborde en moyenne plusieurs thématiques à la fois, révélant l’imbrication étroite entre enjeux sociaux, économiques, environnementaux et démocratiques.
Une mémoire vivante de la parole citoyenne
Au-delà de leur dimension conjoncturelle, les cahiers de doléances apparaissent, à travers cette étude, comme un observatoire précieux des attentes citoyennes contemporaines. Ils rappellent que, dans les territoires ruraux comme ailleurs, la demande de reconnaissance, d’écoute et de participation démocratique reste particulièrement vive.
Je reviens de deux rencontres qui m’ont profondément marqué. Deux déplacements un weekend. Deux territoires très éloignés. Deux réalités géographiques très différentes. Et pourtant, un même frémissement démocratique.
Le premier temps d’échange s’est déroulé dans le Rhône, le 31 janvier, dans la commune de Les Olmes, à l’invitation de l’Association intercommunale d’information mutualiste, dans une salle municipale, avec la lecture de doléances par le Collectif X de Saint-Étienne, qui a donné à la rencontre une profondeur sensible et incarnée. Ce temps a également été marqué par le travail remarquable de l’historien François Robert, membre du laboratoire de sciences politiques Triangle (CNRS – ENS Lyon), avec qui se noue aujourd’hui une complicité intellectuelle et citoyenne particulièrement stimulante autour de la lecture politique et historique des doléances.
👉 Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir, je publierai également un article spécifique dans la rubrique Recherche du site, consacré à la présentation de ses travaux sur les doléances de l’Ouest lyonnais.
Le second rendez-vous s’est déroulé dans la foulée à Redon (Finistère), le 1er février, lors d’un ciné-causerie organisé par le groupe Auditions citoyennes, au cinéma Manivel, en lien avec de nombreux collectifs citoyens locaux, notamment ceux engagés le 10 septembre autour du mouvement Bloquons Tout. Avec, là aussi la lecture de doléances et de témoignages. Cette rencontre a notamment été portée par Jonathan, grande figure de la Maison du peuple de Saint-Nazaire, aujourd’hui installé à Redon, animateur du site www.le-rondpoint.org, avec qui des convergences fortes sont en train de prendre forme autour de nouvelles manières de valoriser la parole citoyenne et l’engagement démocratique.
Au total, près de 200 personnes rencontrées, venues écouter, débattre, questionner, parfois contredire, mais surtout chercher comment reprendre prise sur leur avenir commun.
Ce qui m’a frappé, au-delà des différences territoriales, c’est la convergence des préoccupations. Partout, le même sentiment d’un éloignement de la décision publique, d’une complexité administrative devenue illisible, d’un empilement de transferts techniques et financiers qui finissent par rendre incompréhensible la question pourtant simple : qui décide, et pour quoi faire ?
Mais partout aussi, la même volonté de ne pas s’en tenir au constat.
Aux Olmes comme à Redon, les échanges autour des @ÉtatsGénérauxCommunaux ont montré que la démocratie locale reste un espace possible de reconstruction politique. Parce que c’est là que se joue ce que j’appelle le #concernement : ce moment où l’on se sent impliqué parce que les décisions touchent directement nos lieux de vie, nos paysages quotidiens, nos conditions d’existence.
Ce concernement n’est pas seulement celui des citoyens. Il est aussi celui des élus. Le message des États Généraux Communaux est clair : l’impuissance institutionnelle ne peut plus être une réponse. Dire « je n’ai plus la compétence » ne suffit plus. Il s’agit désormais de remettre en débat ce qui ne fonctionne plus, y compris des organisations administratives devenues illisibles pour les habitants comme pour les élus eux-mêmes.
Ces échanges ont aussi confirmé l’importance du double engagement démocratique : celui des habitants et celui des élus locaux. La démocratie ne peut pas vivre uniquement au rythme des échéances électorales. Elle suppose un travail continu de dialogue, de confrontation d’idées et de co-construction. Elle suppose aussi que les élus acceptent d’ouvrir des espaces de discussion réels et que les citoyens acceptent d’y prendre leur part.
Un autre point est apparu avec force dans ces deux rencontres : le rôle essentiel de la #culture dans le réengagement démocratique. Aux Olmes, la lecture des doléances par le Collectif X a montré combien la parole citoyenne, lorsqu’elle est portée par une forme artistique, touche autrement, ouvre des espaces d’écoute et rend possible une parole parfois empêchée. À Redon, la lecture des témoignages lors des Auditions citoyennes a produit le même effet. La culture ne se contente pas d’accompagner la démocratie. Elle en recrée souvent les conditions, en permettant à chacun de retrouver sa place dans le récit collectif.
Ce qui relie profondément ces deux rendez-vous, c’est peut-être l’impression qu’un mouvement discret est en train de grandir. Pas un mouvement spectaculaire. Pas un phénomène uniforme. Mais une montée lente, enracinée dans les territoires, qui traduit une volonté de faire autrement, de reprendre collectivement la capacité d’agir.
Nous n’en sommes pas à un soulèvement au sens classique du terme. Mais il y a, dans ces assemblées citoyennes, dans ces discussions exigeantes et parfois longues, quelque chose qui ressemble à une effervescence civique. Une conviction partagée que la démocratie ne pourra se réparer ni par décret, ni par simple alternance politique, mais par une reconstruction patiente depuis les lieux de vie.
Ces deux déplacements m’ont surtout confirmé une chose : malgré la fatigue démocratique, malgré la défiance, malgré la complexité institutionnelle, il existe encore une #énergiecitoyenne prête à s’engager, à condition qu’on lui ouvre des espaces sincères, respectueux et exigeants.
Ce que j’ai vu à Les Olmes et à Redon, ce n’est pas seulement une inquiétude démocratique. C’est une démocratie qui cherche, discrètement mais résolument, à se relever.
À l’approche des élections municipales, alors que partout se ravivent les questions de démocratie, de représentation et de pouvoir d’agir, une soirée singulière nous invite à écouter ce qui n’a jamais cessé de vouloir être entendu.
Le Collectif X propose une traversée théâtrale et collective à partir des cahiers de doléances rédigés en 2018-2019 par des habitant·es de la Loire, au cœur du mouvement des Gilets jaunes.
Longtemps restés hors d’atteinte, ces écrits citoyens ont récemment été rendus consultables. Le Collectif X est allé fouiller les archives départementales pour leur redonner chair et voix, en travaillant à partir d’environ 250 doléances (sur les 2 500 déposées dans le département).
Cette soirée rappelle combien la culture est un levier démocratique essentiel : un espace où la parole citoyenne se transmet, se transforme, se partage — et surtout, se remet en circulation.
Co-organisée avec Halte au Contrôle Numérique, Nos Quartiers ont de la Gueule, Terrain d’entente, l’Amicale Laïque du Crêt de Roch et la Fabrique de la Transition, l’événement se déploiera en trois temps complémentaires :
🎭 Une représentation théâtrale, pour entendre les doléances de 2019 🍻 Un temps convivial autour d’une buvette et d’un repas partagé, pour écrire ensemble les doléances d’aujourd’hui 📣 Une criée publique, pour mettre en voix les paroles récoltées
Une invitation à écouter, partager, écrire, questionner, et à replacer la parole citoyenne au cœur du débat public — non comme une archive figée, mais comme une matière vivante, politique et collective.
Cahiers de doléances : et maintenant ? Huit ans après l’ouverture des cahiers de doléances, une question demeure : comment transformer cette parole citoyenne en pratiques concrètes de démocratie locale ?
Cette rencontre propose d’ouvrir le débat entre élus, habitants, associations et collectifs citoyens autour de plusieurs enjeux clés : la création de lieux dédiés à la participation citoyenne (maisons du peuple, espaces civiques), l’implication réelle des élus dans l’animation démocratique locale, et les outils permettant aux citoyens de s’organiser collectivement.
La présentation portée par Fabrice Dalongeville s’inscrit dans cette dynamique : donner des clés concrètes pour répondre à la crise de la représentation et impulser un nouvel élan démocratique, ancré dans les territoires.
La rencontre s’articulera autour de trois temps forts :
1️⃣ Une synthèse des cahiers de doléances et une mise en perspective territoriale des colères et attentes citoyennes.
2️⃣ Un spectacle du Collectif X autour des doléances.
3️⃣ Un temps d’échange et de débat ouvert sur la démocratie locale et ses perspectives.
Une soixantaine de maires sont invités, ainsi que les contributeurs aux cahiers, les associations et tous les citoyens intéressés.
En 2025, des parisien.nes sont allé.es chercher les Doléances issues du grand débat 2019 de leur arrondissement avec l’idée de les rendre visibles et d’en débattre avec les parisien.es et leurs élu.es. Il en ressort des thèmes récurrents à Paris comme dans toute la France :
la demande de justice fiscale et de services publics
une défiance vis-à-vis de la démocratie au travers de la dénonciation des « privilèges des élu.es nationaux »
la demande de démocratie participative,
la demande d’accélérer la transition écologique
A Paris, le logement est un sujet central mais les habitant.es parlent aussi du cadre de vie et des mobilités. Ce qui frappe est la teneur très engagée des contributions et la dignité qui en ressort ; les habitant.es témoignent des difficultés de leur vie quotidienne et proposent à leurs maires ou Président de la République, leurs solutions «pour la France ». Une lecture d’extraits de ces doléances sera proposée. Nous souhaitons donner ainsi à entendre la parole de citoyen.nes telle que récoltée en 2019 ; la discussion qui suivra permettra de recueillir les échos suscités chez les habitant.es et les candidat.es qui pourront s’exprimer au même niveau et dans les mêmes règles de temps de parole sans perdre de vue la pertinence de ces questions en période de campagne municipale, hors de tout effet de tribune.
Cette vidéo documente une performance publique prenant la forme d’un tribunal populaire, consacrée au devenir des cahiers de doléances du Grand Débat national de 2019. Cette pièce de théâtre s’est déroulée lors du premier festival national des doléances, organisé à Auger-Saint-Vincent, dans l’Oise, par l’association Les doléances en partenariat avec le tiers-lieu d’innovation civique et culturel, le Café citoyen d’Auger-Saint-Vincent.
À travers une mise en scène volontairement simple et satirique, le procès interroge un fait précis : l’engagement pris par le Président de la République de rendre accessibles à toutes et tous les contributions citoyennes recueillies à l’échelle nationale — engagement qui, six ans plus tard, n’a toujours pas été tenu.
Le tribunal populaire ne juge pas une personne mais un manquement politique : celui de la parole donnée, de la promesse de transparence et du respect dû à l’expression citoyenne.
La vidéo est accompagnée d’un texte joint, correspondant à la transcription quasi in extenso, de la performance. Cette transcription a fait l’objet de corrections minimales (ponctuation, accords évidents, mise en forme), sans réécriture ni interprétation, afin de garantir sa lisibilité tout en respectant le propos original.
Cette mise en ligne s’inscrit dans le travail mené par l’association Les Doléances, visant à documenter, préserver et rendre accessible la parole citoyenne exprimée en 2018-2019, et à interroger les conditions démocratiques de sa prise en compte.