Pourquoi faut-il lire le discours introuvable du 15 avril 2019 de E. Macron, jamais prononcé…

On nous demande régulièrement de partager le texte du 15 avril 2019. Il faut le faire. Non par nostalgie, mais par exigence républicaine. Car ce discours n’a jamais été prononcé, et il n’a jamais été publié officiellement. Retrouvé plus tard par des journalistes politiques, il a circulé discrètement, presque sous le manteau. Relire aujourd’hui ce texte, c’est confronter les mots à la réalité de l’action publique — et mesurer comment une colère reconnue en apparence a, en réalité, été durablement entretenue.

Il faut d’abord établir les faits. Le 15 avril 2019, Emmanuel Macron avait enregistré une allocution solennelle, refusant le format de l’interview télévisée, au terme du Grand Débat national. L’incendie de Notre-Dame de Paris empêcha sa diffusion. Mais contrairement à ce que beaucoup croient encore, ce discours n’a ensuite jamais été publié officiellement par l’Élysée.

Il a fallu le travail de journalistes politiques pour retrouver le texte, le reconstituer et le rendre accessible. Sa diffusion s’est faite de manière informelle, sans statut clair, sans reprise présidentielle, sans acte politique assumé. Pourtant, sa lecture en dit long sur la méthode que l’on observe et que l’on vit depuis sept ans.

Que dit-il en synthèse. Le diagnostic est net. Le texte parle explicitement de crise de la représentation (« ceux qui nous représentent ne nous écoutent pas »), de crise de l’efficacité (« rien ne change »), et surtout de crise de la justice : injustice sociale, territoriale, fiscale, sentiment d’abandon 

Le Président écrit avoir entendu « des voix que notre République n’entendait plus ». Mais reconnaître par écrit n’est pas reconnaître politiquement. Et nommer une colère n’est pas lui donner des droits. Le cœur du problème est là : ce texte reconnaît la colère comme émotion, mais refuse de la reconnaître comme fait politique structurant. D’autant plus quand vous portez la principale responsabilité. 

Ainsi, la colère est-elle immédiatement requalifiée : crise mondiale, brutalité du monde contemporain, effets de la mondialisation, du numérique, des investisseurs internationaux. La responsabilité politique nationale est ainsi diluée dans un récit de fatalité. Le discours annonce pourtant « un acte nouveau pour notre République », présenté comme un « point de départ pour l’avenir ». Mais aucun mécanisme institutionnel nouveau n’est créé pour garantir une traduction durable de la parole citoyenne. Il n’y a :

  • ni reconnaissance des cahiers de doléances comme outil démocratique pérenne,
  • ni droit de suite obligatoire,
  • ni inscription locale contraignante,
  • ni partage réel du pouvoir de décision.

Au contraire, la réponse est (re)centralisée : participation encadrée, conventions consultatives, référendums limités, décentralisation promise mais conditionnée, reconnaissance verbale des maires et affaiblissement matériel continu de leur capacité d’agir. Le statut de l’élu récemment adopté par le Parlement ne modifie pas l’orientation générale. La phrase-clé résume tout : « Je crois en l’État ». Un État qui écoute, mais qui décide seul. Un État qui reconnaît, mais qui ne change pas.

Ce texte n’a donc pas calmé la colère. Il’a contenue sans la traiter, ce qui, en République, est la manière la plus sûre de l’entretenir. Car la colère de 2018–2019 ne demandait pas d’abord des mots, ni même des mesures sectorielles. Elle posait une question politique fondamentale : où se décide le commun, et avec qui ? Sept ans plus tard, la réponse est connue. La réforme constitutionnelle annoncée n’a jamais abouti. La décentralisation s’est traduite par une réduction des marges locales. La justice fiscale invoquée n’a pas corrigé les choix structurants initiaux. La parole citoyenne est restée hors des lieux de décision.

Reprendre la main avec les États généraux communaux

Le caractère introuvable de ce discours — non prononcé, non publié, diffusé tardivement — prend alors une valeur hautement symbolique. Ainsi, relire ce texte aujourd’hui n’est pas un exercice de mémoire. C’est un élément à relier avec la publicisation des doléances elles-mêmes. 

Et c’est précisément parce que cette reconnaissance est restée formelle que les États Généraux Communaux s’imposent désormais comme une nécessité : non pour contester l’État, mais pour réparer une défaillance démocratique majeure — l’absence de conséquences données à la parole citoyenne.  La colère n’a pas disparu. Elle attend toujours autre chose qu’un texte retrouvé après coup.

Entre colère et espoir : quand les cahiers de doléances reprennent voix

Sept ans après leur rédaction, les cahiers de doléances continuent de parler. À Tarbes, leur restitution par un collectif citoyen a ravivé une parole intacte, entre colère et espoir. Face à une écoute institutionnelle restée trop souvent minimale, se pose une question centrale : que fait-on politiquement de ce qui a été dit ? Les États Généraux Communaux proposent une réponse simple et radicale à la fois : redonner des conséquences à la parole citoyenne, à l’échelle de la commune.

Vendredi 19 décembre 2025, j’ai assisté et participé à la restitution du travail du collectif #Éveilcitoyen des Hautes-Pyrénées autour des cahiers de doléances de 2018–2019, présentée par Yves Castera, conseiller municipal à Ibos. La rencontre se tenait aux Archives départementales, récemment installées dans un bâtiment neuf à Tarbes. Deux séances, près de 80 personnes. Entre colère et espoir.

Colère, parce que ces textes ont été écrits il y a sept ans et que beaucoup ont le sentiment qu’ils ont été rangés, classés, archivés — mais rarement lus, encore moins pris au sérieux politiquement. Espoir, parce qu’ils existent toujours, qu’ils disent quelque chose d’essentiel. Dans la salle, certains avaient écrit à l’époque. Une parole qui revient. Une parole qui ne se résigne pas.

Le travail accompli est rigoureux, exigeant, profondément respectueux de la parole citoyenne. Les cahiers ont été intégralement photographiés, retranscrits, anonymisés, en lien étroit avec les archives départementales. Puis analysés à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle — non pour “penser à la place”, mais pour ordonner fidèlement un corpus massif, à partir de questions ouvertes, non orientées. Une ligne claire : ne rien trier politiquement, ne rien évacuer, ne rien rendre “acceptable” a posteriori.

Les résultats démentent bien des caricatures

Les doléances parlent ici d’abord de justice sociale et fiscale pouvoir d’achat, de services publics de proximité, de transition écologique juste. Une parole profondément ancrée dans le quotidien, largement non partisane, souvent argumentée, digne. Beaucoup s’adressent encore au Président de la République avec respect. Une colère, oui. Mais une colère qui continue de croire à la République. Dans les échanges, une formule a résumé l’enjeu politique :

« Une grande parole face à une petite écoute ».

On demande aux citoyens de s’exprimer, puis on neutralise les effets de cette expression. On transforme l’acte politique en exercice cathartique sans lendemain. Et cette expérience-là produit de la fatigue démocratique, de l’abstention, du retrait. Elle installe l’idée que parler ne sert plus à rien — ou pire, que parler sert surtout à être contourné.

Mais cette fatigue produit aussi de la résistance.

C’est précisément là que les États Généraux Communaux (EGC) trouvent leur sens.
Ils ne sont pas une “innovation démocratique” de plus. Ils ne relèvent ni de la consultation cosmétique, ni du participatif sous contrôle. Ils se veulent le prolongement concret de ce travail de restitution : un cadre local pour lirediscuterhiérarchiserse former et surtout mettre en œuvre ce qui a été exprimé.
Autrement dit : organiser non seulement la parole, mais la suite.

Car les cahiers de doléances ne sont pas un sondage. Ils ne prétendent pas dire “le peuple”. Mais ils donnent à entendre une parole écrite, située, déposée commune par commune, souvent par des personnes qui, d’ordinaire, ne parlent pas — ou à qui l’on ne donne jamais vraiment la parole. Ils constituent un matériau politique rare, brut, profondément républicain, et pourtant encore largement orphelin de débouchés institutionnels.

Cette restitution pose donc une question plus large, qui dépasse largement le cadre des Hautes-Pyrénées : que devient une parole citoyenne reconnue comme légitime, lorsqu’elle n’est suivie d’aucune traduction politique durable ?

Cette question renvoie directement au discours présidentiel du 15 avril 2019, prononcé au terme du Grand Débat national, et à ce qui, depuis, a été fait — ou non — des cahiers de doléances. C’est l’objet du second article à paraître sur lesdoleances.fr : non pour rouvrir le procès du passé, mais pour comprendre pourquoi, six ans plus tard, la démocratie locale apparaît plus que jamais comme une condition de la reconstruction républicaine.

A Tarbes, j’ai vu un public attentif, parfois dur, souvent inquiet, mais pas résigné. Entre colère et espoir. Les États Généraux Communaux ne sont pas là pour calmer, ni pour canaliser. Ils sont là pour redonner prise, pour réarticuler parole citoyenne, action locale et responsabilité politique. Et pour rappeler une chose simple, mais décisive : la démocratie ne meurt pas faute de parole, mais faute de conséquences.

Publication des cahiers de doléances : l’heure de la décision politique

La réunion du groupe de travail consacrée à la publicisation des cahiers de doléances, initialement prévue le 4 décembre 2025, a été ajournée. Le dossier qui est entre les mains du cabinet du Premier ministre, Sébastien Lecornu, depuis mi-novembre, n’a pas encore pris de position sur les orientations proposées par le comité technique. À ce stade donc, aucune décision n’a donc encore été rendue, alors même que les travaux préparatoires ont abouti à des préconisations claires et partagées.

Cette attente continue de prolonger un paradoxe démocratique : quasiment sept ans après le #Granddébat national, des centaines de milliers de doléances restent dans l’ombre de la vie démocratique de notre pays, alors qu’ils constituent l’une des expressions citoyennes les plus massives de l’histoire contemporaine.

C’est dans ce contexte que, à l’occasion du Congrès des maires de France, une délégation d’élus de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF) a été reçue au ministère de la Culture pour un temps d’échange avec l’actuelle ministre, Rachida Dati, en présence du ministre chargé de la ruralité, Michel Fournier. J’ai pu y interpeller directement la ministre sur l’enjeu majeur que représente la publication du corpus des doléances, en rappelant les préconisations arrêtées par le comité technique le 6 novembre dernier et transmises au Premier ministre. La ministre n’ayant pas encore reçu ces éléments, cet échange a permis d’insister sur la portée démocratique, mémorielle et politique de ce dossier.

Une orientation claire arrêtée le 6 novembre 2025

Pour rappel, le groupe de travail dédié à la publicisation des cahiers de doléances s’est réuni le 6 novembre 2025. Piloté par la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP), différents scénarios techniques, juridiques et budgétaires possibles pour rendre ce corpus accessible au public ont été présentés et analysés.
À l’issue des échanges, une orientation unanime s’est dégagée : confier l’analyse, la mise en forme et la valorisation du corpus au Campus Condorcet, en s’appuyant sur la recherche publique et sur les infrastructures existantes, plutôt que de recourir à une externalisation massive auprès de prestataires privés. Ce choix répond à une double exigence : garantir un haut niveau de rigueur scientifique et éthique; inscrire la démarche dans une logique de bien commun démocratique, et non de simple traitement technique.

Le rôle central du ministère de la Culture

Parmi les points soumis à arbitrage figure la question du portage politique du projet. Le groupe de travail a souligné la nécessité de désigner un ministère responsable à la fois : juridiquement (au regard du RGPD et de la loi Informatique et Libertés), éditorialement, et symboliquement.
C’est dans ce cadre que j’ai plaidé, auprès de la ministre de la Culture, pour un portage fort par son ministère, légitime au regard de la mission de conservation et de transmission de la mémoire démocratique du pays. Les cahiers de doléances ne sont pas de simples données administratives : ils constituent un patrimoine civique vivant, appelant un traitement à la hauteur de leur portée historique.

Une méthode progressive et sécurisée

Le groupe de travail propose une démarche pragmatique et réaliste : S’appuyer sur les numérisations existantes conservées aux Archives nationales, avec une amélioration ciblée des pages défectueuses en lien avec les Archives départementales; Lancer une phase de test (POC) au premier semestre 2026 sur un nombre limité de départements, afin de : sécuriser juridiquement le processus, tester les outils techniques, ajuster les choix de pseudonymisation, et évaluer les coûts réels avant un passage à l’échelle nationale.
Cette phase devra notamment permettre de trancher la question sensible de la granularité géographique des recherches (commune ou département), enjeu clé pour l’accessibilité citoyenne comme pour la protection des personnes.

Associer les collectifs citoyens : un enjeu démocratique majeur

Un point essentiel des préconisations concerne la mobilisation des collectifs citoyens, engagés depuis 2019 dans la défense et la valorisation des doléances.Leur implication pourrait permettre : une amélioration progressive de la retranscription et de la pseudonymisation, une réduction significative des coûts, et surtout une réappropriation citoyenne de ce corpus.
Cette participation devra être strictement encadrée pour éviter toute requalification juridique, mais elle constitue une piste décisive pour concilier exigence démocratique, soutenabilité financière et intelligence collective.

Une décision désormais attendue

Le scénario du Campus Condorcet, le rôle possible du ministère de la Culture, la méthode progressive et l’association des citoyens ont été clairement posés.Le travail technique est fait. Les orientations sont connues.
Il appartient désormais au Premier ministre et à son cabinet de prendre position. De cette décision dépendra la capacité de la République à reconnaître, rendre visible et transmettre la parole citoyenne issue du Grand débat national — non comme un vestige embarrassant, mais comme un socle pour refonder la confiance démocratique.

Comment demander les doléances aux Archives nationales ?

Guide pratique « Se repérer dans les archives du Grand Débat National »

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Écrire à son député pour soutenir la résolution transpartisane

Titre du Mail : Résolution du 19 juin 2024-Les Doléances : la parole citoyenne toujours confisquée 

Il vous suffit de copier/coller le texte dans le mail que vous souhaitez adresser au député de votre circonscription.

Cher/ère Monsieur/Madame le/la Député/e,

Je vous écris pour attirer votre attention sur la résolution portée par la députée Marie Pochon, et signée par une vingtaine de parlementaires de tous bords, qui sera présentée au vote dans l’hémicycle le 19 juin (soirée) ou le 20 juin (matin).

Cette résolution porte un combat important pour la démocratie, pour la République, pour le respect de l’engagement et de l’intelligence collective qu’ont massivement fourni les citoyens/citoyennes françaises il y a 5 ans.

Le 15 avril 2019, le Président de la République Emmanuel Macron devait prendre la parole à la télévision pour exercer un devoir de suite après avoir organisé le grand débat national. Malheureusement, l’incendie de la cathédrale Notre Dame a empêché ce moment-clef et avec lui la promesse présidentielle de rendre public les cahiers de doléances. Cinq ans plus tard, où en sommes-nous ?

Notre Dame est sur le point de retrouver son lustre d’antan. Quant aux doléances des Français, qui sont aussi un « trésor national », elles n’ont toujours pas fait l’objet d’une grande restitution nationale. Pourtant, se rendre dans une des 101 Archives Départementales et plonger dans les Cahiers de Doléances de 2019 est une véritable cure de jouvence démocratique. 

C’est tout un peuple qui s’exprime là : des propositions sur la démocratie, la santé, l’exigence d’en finir avec l’inégalité des salaires, une fiscalité juste, sur les dépenses publiques et la transition écologique, des appels sensibles et sensés à des services publics qui redeviennent les garants de l’égalité et de la justice, mais également des récits de vie poignants, des cris de détresse… C’est le témoignage d’un territoire vécu qu’il est urgent d’entendre, sans attendre, puisque d’une certaine manière il constitue un « programme politique idéal pour les Français ».

Aujourd’hui l’accessibilité à leurs propres doléances ; et aux idées qu’elles véhiculent ; ne sont pas données aux femmes et aux hommes qui les ont rédigés. 

A l’ère du numérique, la médiation pour accéder et s’approprier l’information est un pilier fondamental de notre démocratie. Attachés aux valeurs de transparence et d’égalité d’accès aux archives publiques nécessaires à la confiance entre les citoyens et les élus, mais aussi du devoir de redevabilité et de mémoire, nous plaidons pour la mise en ligne des doléances sur une plateforme nationale. Une plateforme digitale qui permette une lecture à l’échelle du pays, d’un département ou même d’une commune.

La lisibilité de ce corpus n’est pas anecdotique, c’est la condition pour exploiter ce creuset démocratique fort de 19 899 cahiers citoyens (contenant 217 910 contributions individuelles). Les doléances, ce sont aussi les 15 420 courriers et emails, autant de contributions individuelles, déposées directement à l’Elysée ou à Matignon. Enfin, c’est reconnaître les travaux locaux menés lors des 11 258 réunions d’initiative locale, et presque autant de compte-rendus. Garantir l’accessibilité à ces milliers de contributions, c’est les reconnaître à leur juste valeur, c’est rendre sa dignité à la parole citoyenne.

En France, tout ce qui s’imprime est déposé à la Bibliothèque nationale. Nous plaidons donc pour que tout ce qui s’exprime soit déposé dans une « bibliothèque » du débat public. C’est possible en hébergeant l’ensemble de ces paroles citoyennes dans une « base de données du débat public », accessible sur tout le territoire via une plateforme numérique open source et des rencontres publiques. C’est la condition première pour que la promesse du Grand Débat soit enfin tenue. 

Comme c’est le cas en Gironde, département précurseur à l’initiative du Président Jean-Luc Gleyze, les Conseils départementaux peuvent aussi se saisir des doléances dans leurs archives en finançant des chercheurs, et faire eux-mêmes le travail de numérisation, d’analyses et de mises en ligne. Mais l’élan doit être national.

Parce que la démocratie n’est pas un coût, mais une nécessité pour que vive la République, l’Etat doit y pourvoir par un financement national de cette plateforme et de la recherche publique auprès des archivistes, pour que chacun puisse prendre connaissance de l’intégralité du corpus et, via des outils de navigation, mener une recherche personnelle. 

Nous, les citoyens qui avons écrits ces doléances ; nous, les communes* qui avons ouverts ces cahiers dans nos « mairies ouvertes » ; nous, les départements* qui les avons conservés ; nous toutes et tous, les acteurs de la démocratie sociale, lançons cet appel à rendre aux citoyens la parole qui leur a été confisquée.

* Le 15 mai 2024, dans le Monde, une quinzaine de départements et les principales associations d’élus locaux, ont signés cette Tribune.

Retrouvez les signataires sur www.lesdoleances.fr

Sciences Humaines : un hors-série exceptionnel

Je voudrai envoyer un grand merci à la rédaction du magazine Sciences humaines. En évoquant tout de suite une petite jalousie : j’aurai trop aimé écrire et enquêter sur le sujet des doléances. Je trouve le dossier consacré à ce corpus, à la fois éclectique, équilibré, éclairant, valorisant les faiseurs, les engagés. C’est formidable. Il vient couronner une semaine de malade pour nous tous : La résolution transpartisane votée à l’unanimité à l’Assemblée nationale le 11 mars dernier. Face à cela, je l’espère, un futur succès en kiosque pour ce journal.

Seul bémol que j’avance à l’issue de cette lecture, c’est l’absence de réponse de ceux qui auraient dû agir. Ils n’apparaissent pas, ou si peu. C’est assez frustrant. Mais ce n’est pas la ligne éditoriale, alors je n’en tiendrai pas rigueur.

J’ai trop aimé la correspondance avec les étapes précédentes, 1789 et 1945, et les plus anciennes encore. Cela nous renvoie à la gestion des crises politiques de notre pays, sous l’ancien régime et sous la république.

Cela montre l’importance historique du corpus de 2018/2019. C’est clair que M. Macron n’a pas mesuré les choses quand il a lancé le Grand débat et invité les uns et les autres à noircir les cahiers citoyens, rapidement nommés Cahiers de doléances.

J’adore le lien avec le mouvement des Gilets jaunes, dans sa dimension créatrice, ce que n’ont pas embrassé les cahiers de doléances, pour le coup très sérieux sur la forme et sur le fond. Mais les sujets abordés dans l’un et l’autre corpus sont particulièrement proches.

Tout comme le florilège de mots choisis de A à Z. « A » pour Allemagne : même Merkel n’a pas de garde du corps. Cessons-Savigné, Ille-et-Vilaine. « Z » pour zéro SDF. Une référence, dans le cahier de doléances de Betton (Ille-et-Vilaine), à une promesse récurrente des campagnes présidentielles, notamment celle d’Emmanuel Macron en 2017 : « zéro SDF, c’est pour quand ».

Autres régalades, l’apport multiple des doléances, très différentes et suffisamment explicites. Ce qui permet d’apporter le plus important dans ce numéro de 116 pages : la puissance de l’intelligence citoyenne. Là où l’hyper modernité ne cesse de nous être assenée comme un horizon inéluctable, avec l’IA en invitée vedette, nous pouvons lui opposer la noosphère, l’intelligence du lien. C’est réconfortant et appréciable.

Bref, le printemps des doléances est sur de bons rails. Alors, partout en France, œuvrons pour les publiciser le plus largement possible et mobilisons-nous pour lancer, enfin, les états généraux qui leur manquent. En commençant par la commune. Là où la République se conjugue au plus proche. Cap municipales 2026.

FD

Quand le Préfet de l’Oise s’inspire des doléances…

Événement inédit dans l’Oise, plus particulièrement à Auger-saint-vincent : un préfet et trois sous-préfets au café citoyen pour évoquer les doléances d’une bonne vingtaine d’habitants.

Coup de communication ou désir d’établir un dialogue direct avec les habitants, l’initiative du nouveau préfet de l’Oise n’a pas laissé indifférent la trentaine de personnes venues échanger avec cet ancien conseiller « collectivités » de l’Élysée pendant quatre ans.

Le Préfet a souhaité lancer depuis le Café citoyen son initiative intitulé « le Préfet en direct ». Destinée à toutes les communes volontaires de l’Oise, cette incitation au dialogue prend la forme d’un cahier de correspondance (page de garde, présentation des missions d’un préfet, et pages vierges ensuite) afin d’encourager nos concitoyens à vernir les noircir. Où seront-ils déposés ? En mairie.

Une démarche qui n’est pas sans rappeler l’opération « mairies ouvertes » que les mairies rurales avaient lancé le 8 décembre 2018. Puis poursuivie lors du Grand débat national.

Depuis, le temps a passé, mais la bataille pour redonner vie et lumière aux doléances de 2018 et 2019 restée entier.

Lors de mon propos introductif, j’ai donc rappelé le combat engagé depuis 6 ans maintenant ; et sans cela, je crains que cette initiative n’aurait pas vu le jour.

J’ai aussi rappelé l’importance de rendre à tous les français le corpus des doléances. J’ai précisé que le 11 mars 2025 figurait à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale la résolution transpartisane portée par marie pochon. Je vous en reparlerai la semaine prochaine.

Et sinon de quoi les participants ont-ils parlé ?

  • D’écologie, avec la question de la protection de l’eau, de l’agriculture et de la sécurité sociale alimentaire ;
  • De l’acceptation et la prise en compte de l’avis des habitants lors d’un projet d’implantation d’un site agri voltaïque sur une surface de 54 hectares ;
  • De mobilité douce avec les difficultés dans le déplacement à vélo et la dangerosité associée aux flux de poids-lourds de la logistique ;
  • De l’école et des conditions d’enseignement et d’accueil des enfants
  • Du sport en milieu rural et de l’accès aux différentes pratiques ;
  • De l’illettrisme et des actions à envisager ; des vols de métaux qui peuvent être constatés ;
  • Comme dans le corpus, la question de l’immigration n’a pas été évoquée par les citoyens ;

Dernière chose : le préfet m’a assuré du soutien des services de l’État dans l’Oise à rendre public pour tous les 287 cahiers de doléances rédigés à l’époque de la crise des gilets jaunes et du grand débat. Affaire à suivre.