DOLÉANCES : LA FABLE DE L’ÉCOUTE

Le mardi 10 mars 2026 à 20h30, le Café citoyen d’Auger-Saint-Vincent accueille l’avant-première de DOLÉANCES – La fable de l’écoute, une création théâtrale puissante et profondément politique, portée par la Compagnie Artépo et mise en scène par Stanislas Roquette.

Cette pièce prend appui sur un matériau brut, rare, bouleversant : les cahiers de doléances du Grand Débat National (2019).Des centaines de milliers de contributions manuscrites, rédigées dans les mairies de France, témoignages d’existences ordinaires, colères sociales, appels à la justice, propositions radicales ou poétiques. Une parole citoyenne massive, longtemps reléguée dans les archives, et restée largement hors du débat public. La pièce fait dont la pari inverse : ouvrir ces cahiers, les lire, les dire, les incarner. Sur scène, deux actrices et un acteur donnent chair à ces textes, dans un théâtre de parole vivante, sensible, parfois drôle, souvent brûlant. La création interroge autant la vitalité démocratique que l’angle mort de l’écoute politique :

Comment a-t-on pu autant faire parler, et si peu écouter ? Cette avant-première s’inscrit dans une histoire déjà ancienne entre Auger-Saint-Vincent, le théâtre et les doléances. En 2021, au sortir de la séquence des Gilets jaunes et du Grand Débat, la toute première pièce de théâtre consacrée aux doléances citoyennes était présentée en avant-première à Auger-Saint-Vincent par la compagnie Atmosphère Théâtre.

La mise en scène était assurée par Marie Liagre, directrice de la compagnie, en association avec Hélène Desplanques, auteure et réalisatrice, dont les travaux ont largement contribué à faire connaître la richesse et la portée politique des cahiers de doléances. Cinq ans plus tard, le théâtre revient à Auger-Saint-Vincent pour évoquer à nouveau ces doléances. Non comme un simple rappel, mais comme une continuité, une persévérance : celle de ne pas laisser cette parole citoyenne sombrer dans l’oubli, et de continuer à la faire circuler, entendre, discuter.

UN LIEU EN RÉSONANCE : LE CAFÉ CITOYEN

Que cette avant-première ait lieu au Café citoyen n’a rien d’anodin. Installé au cœur d’un village rural, ce tiers-lieu est depuis plusieurs années un espace d’assemblée, de culture, de débat, de convivialité et d’expérimentation démocratique. Un lieu où la parole circule, se confronte, s’élabore collectivement. Accueillir DOLÉANCES au Café citoyen, c’est faire dialoguer le théâtre et la démocratie locale, la scène et la commune, l’art et le politique. C’est aussi affirmer que les villages, eux aussi, sont des lieux de pensée, de création et de réinvention démocratique.

UNE COMPAGNIE ENGAGÉE DANS LA PAROLE

Implantée à Amiens, la Compagnie Artépo développe depuis sa création un travail artistique exigeant autour de la parole : parole poétique, parole intime, parole politique, art oratoire. Elle est aujourd’hui compagnie associée et sociétaire à la Comédie de Picardie, et accompagnée dans le cadre d’une résidence territoriale avec Amiens Métropole. Avec DOLÉANCES, Artépo prolonge cette recherche en s’emparant d’un corpus exceptionnel, à la croisée de l’histoire politique, de la littérature citoyenne et du théâtre contemporain. La pièce s’inscrit dans une dynamique plus large de résidences de territoire, d’ateliers d’écriture, de groupes de parole et de restitutions publiques, visant à élargir et réactiver l’exercice démocratique.

Retrouvez ici le dossier de presse : c’est ici

INFOS PRATIQUES  
Mardi 10 mars 2026 à 20h30 Café citoyen – Auger-Saint-Vincent (Oise)
Mise en scène : Stanislas Roquette
Avec la Compagnie Artépo
Avant-première – places limitées
Entrée libre / participation consciente

Doléances : Sébastien Lecornu entérine le Campus Condorcet associé aux collectifs doléances pour publiciser le corpus !

C’est une avancée majeure. C’est une victoire décisive pour les #cahiersdedoléances et la parole citoyenne.

Après des années de mobilisation et de travail collectif, l’arbitrage du cabinet du Premier ministre Sébastien Lecornu vient de valider officiellement la mise en ligne et l’accessibilité des cahiers de doléances confiée à Campus Condorcet.

Cette décision marque un tournant politique et démocratique : les doléances de 2018-2019 ne resteront pas dans l’ombre. Elles vont bientôt entrer vraiment dans l’espace public, comme corpus vivant et accessible par toutes et tous.

Plusieurs points essentiels sont actés :
👉 Le choix de repartir du corpus existant, celui des cahiers photocopiés puis numérisés en 2019. C’est une reconnaissance claire de l’existant, du travail déjà accompli et de l’urgence démocratique qu’il représente.
👉 La mise en place d’un dispositif de “correction” et d’amélioration continue, après la mise en ligne. Autrement dit : le corpus ne sera pas figé. Il pourra être enrichi, précisé, consolidé dans le temps.
👉 La reconnaissance du rôle des collectifs citoyens, aujourd’hui mobilisés pour la publication des cahiers de doléances. La phase de test permettra de définir juridiquement et techniquement les modalités de leur association à l’amélioration de la qualité du corpus, sans qu’ils soient considérés comme de simples sous-traitants.
C’est un point fondamental : la parole citoyenne n’est pas une prestation, c’est un bien commun démocratique.

Enfin, une visite prochaine du Campus Condorcet est annoncée. Elle viendra clore les travaux du groupe de travail et permettra de présenter concrètement les modalités de mise en œuvre et de pilotage de la suite du projet.

Cette décision est une victoire collective. Une victoire pour celles et ceux qui ont écrit, lu, archivé, défendu et fait vivre les #doléances. Une victoire pour toutes celles et ceux qui refusent que cet immense acte démocratique soit relégué au silence. Une victoire pour l’idée simple mais exigeante que la démocratie ne s’enterre pas, elle se partage.

Ouest lyonnais rural : François Robert (Labo Triangle CNRS-ENS Lyon) ouvre les cahiers de doléances

Dans l’Ouest lyonnais rural, les cahiers de doléances racontent la France des territoires

Que disent vraiment les cahiers de doléances ouverts au moment du mouvement des Gilets jaunes ? Une étude menée par l’historien François Robert, du laboratoire Triangle (CNRS – ENS Lyon – Université Lyon 2), apporte un éclairage précieux à partir d’un territoire rural emblématique : l’Ouest lyonnais.

Son travail analyse les contributions recueillies dans quatre vallées structurantes du territoire — Turdine, Brévenne, Azergues et Trambouze — soit 67 communes rurales et périurbaines. Parmi elles, 48 ont ouvert un cahier, permettant de recueillir 371 doléances. Un chiffre significatif, qui témoigne d’un besoin réel d’expression citoyenne dans ces territoires.  

Une parole enracinée dans le quotidien

Premier enseignement : les doléances parlent d’abord de la vie concrète. Mobilité dépendante de la voiture, hausse du coût de l’énergie, difficultés d’accès aux soins, fragilité du monde agricole ou encore inquiétudes environnementales structurent largement les contributions.

Les habitants expriment souvent un sentiment d’étau : ils reconnaissent la nécessité de la transition écologique, mais refusent qu’elle se traduise par une aggravation des inégalités sociales ou territoriales. Derrière ces témoignages apparaît une demande forte de politiques publiques mieux adaptées aux réalités rurales.

Pouvoir d’achat et justice sociale au cœur des préoccupations

L’étude met également en évidence la centralité des questions économiques. Fiscalité jugée injuste, stagnation des salaires, retraites insuffisantes et augmentation du coût de la vie alimentent un profond sentiment d’injustice sociale.

Dans de nombreuses contributions, la critique porte moins sur le principe de l’impôt que sur son manque de lisibilité et sur l’impression d’un effort inégalement réparti entre les citoyens.

Une crise démocratique exprimée avec force

Autre enseignement majeur : la défiance vis-à-vis du fonctionnement démocratique. De nombreux auteurs dénoncent une distance grandissante entre citoyens et décideurs publics, évoquent un manque d’écoute et remettent en cause la sincérité de certains dispositifs de consultation.

Les cahiers témoignent aussi d’une aspiration forte à des formes nouvelles de participation citoyenne, avec des propositions récurrentes autour du référendum d’initiative citoyenne ou du renforcement de la démocratie locale.  

Des réalités territoriales qui persistent

L’analyse révèle également des spécificités locales. Dans la vallée de la Trambouze, la disparition progressive des services publics et la question des déserts médicaux apparaissent comme des préoccupations centrales. Dans d’autres vallées, la mobilisation sociale et la nécessité de recréer des espaces de dialogue public occupent une place importante.

Un élément frappant ressort de l’ensemble du corpus : chaque doléance aborde en moyenne plusieurs thématiques à la fois, révélant l’imbrication étroite entre enjeux sociaux, économiques, environnementaux et démocratiques.

Une mémoire vivante de la parole citoyenne

Au-delà de leur dimension conjoncturelle, les cahiers de doléances apparaissent, à travers cette étude, comme un observatoire précieux des attentes citoyennes contemporaines. Ils rappellent que, dans les territoires ruraux comme ailleurs, la demande de reconnaissance, d’écoute et de participation démocratique reste particulièrement vive.

De Tarare à Redon, les doléances mobilisent et redonnent de l’espoir joyeux

Je reviens de deux rencontres qui m’ont profondément marqué. Deux déplacements un weekend. Deux territoires très éloignés. Deux réalités géographiques très différentes. Et pourtant, un même frémissement démocratique.

Le premier temps d’échange s’est déroulé dans le Rhône, le 31 janvier, dans la commune de Les Olmes, à l’invitation de l’Association intercommunale d’information mutualiste, dans une salle municipale, avec la lecture de doléances par le Collectif X de Saint-Étienne, qui a donné à la rencontre une profondeur sensible et incarnée. Ce temps a également été marqué par le travail remarquable de l’historien François Robert, membre du laboratoire de sciences politiques Triangle (CNRS – ENS Lyon), avec qui se noue aujourd’hui une complicité intellectuelle et citoyenne particulièrement stimulante autour de la lecture politique et historique des doléances.

👉 Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir, je publierai également un article spécifique dans la rubrique Recherche du site, consacré à la présentation de ses travaux sur les doléances de l’Ouest lyonnais.

Le second rendez-vous s’est déroulé dans la foulée à Redon (Finistère), le 1er février, lors d’un ciné-causerie organisé par le groupe Auditions citoyennes, au cinéma Manivel, en lien avec de nombreux collectifs citoyens locaux, notamment ceux engagés le 10 septembre autour du mouvement Bloquons Tout. Avec, là aussi la lecture de doléances et de témoignages. Cette rencontre a notamment été portée par Jonathan, grande figure de la Maison du peuple de Saint-Nazaire, aujourd’hui installé à Redon, animateur du site www.le-rondpoint.org, avec qui des convergences fortes sont en train de prendre forme autour de nouvelles manières de valoriser la parole citoyenne et l’engagement démocratique.

Au total, près de 200 personnes rencontrées, venues écouter, débattre, questionner, parfois contredire, mais surtout chercher comment reprendre prise sur leur avenir commun.

Ce qui m’a frappé, au-delà des différences territoriales, c’est la convergence des préoccupations. Partout, le même sentiment d’un éloignement de la décision publique, d’une complexité administrative devenue illisible, d’un empilement de transferts techniques et financiers qui finissent par rendre incompréhensible la question pourtant simple : qui décide, et pour quoi faire ?

Mais partout aussi, la même volonté de ne pas s’en tenir au constat.

Aux Olmes comme à Redon, les échanges autour des @ÉtatsGénérauxCommunaux ont montré que la démocratie locale reste un espace possible de reconstruction politique. Parce que c’est là que se joue ce que j’appelle le #concernement : ce moment où l’on se sent impliqué parce que les décisions touchent directement nos lieux de vie, nos paysages quotidiens, nos conditions d’existence.

Ce concernement n’est pas seulement celui des citoyens. Il est aussi celui des élus. Le message des États Généraux Communaux est clair : l’impuissance institutionnelle ne peut plus être une réponse. Dire « je n’ai plus la compétence » ne suffit plus. Il s’agit désormais de remettre en débat ce qui ne fonctionne plus, y compris des organisations administratives devenues illisibles pour les habitants comme pour les élus eux-mêmes.

Ces échanges ont aussi confirmé l’importance du double engagement démocratique : celui des habitants et celui des élus locaux. La démocratie ne peut pas vivre uniquement au rythme des échéances électorales. Elle suppose un travail continu de dialogue, de confrontation d’idées et de co-construction. Elle suppose aussi que les élus acceptent d’ouvrir des espaces de discussion réels et que les citoyens acceptent d’y prendre leur part.

Un autre point est apparu avec force dans ces deux rencontres : le rôle essentiel de la #culture dans le réengagement démocratique. Aux Olmes, la lecture des doléances par le Collectif X a montré combien la parole citoyenne, lorsqu’elle est portée par une forme artistique, touche autrement, ouvre des espaces d’écoute et rend possible une parole parfois empêchée. À Redon, la lecture des témoignages lors des Auditions citoyennes a produit le même effet. La culture ne se contente pas d’accompagner la démocratie. Elle en recrée souvent les conditions, en permettant à chacun de retrouver sa place dans le récit collectif.

Ce qui relie profondément ces deux rendez-vous, c’est peut-être l’impression qu’un mouvement discret est en train de grandir. Pas un mouvement spectaculaire. Pas un phénomène uniforme. Mais une montée lente, enracinée dans les territoires, qui traduit une volonté de faire autrement, de reprendre collectivement la capacité d’agir.

Nous n’en sommes pas à un soulèvement au sens classique du terme. Mais il y a, dans ces assemblées citoyennes, dans ces discussions exigeantes et parfois longues, quelque chose qui ressemble à une effervescence civique. Une conviction partagée que la démocratie ne pourra se réparer ni par décret, ni par simple alternance politique, mais par une reconstruction patiente depuis les lieux de vie.

Ces deux déplacements m’ont surtout confirmé une chose : malgré la fatigue démocratique, malgré la défiance, malgré la complexité institutionnelle, il existe encore une #énergie citoyenne prête à s’engager, à condition qu’on lui ouvre des espaces sincères, respectueux et exigeants.

Ce que j’ai vu à Les Olmes et à Redon, ce n’est pas seulement une inquiétude démocratique. C’est une démocratie qui cherche, discrètement mais résolument, à se relever.