Ultraforces, contre-révolution et soulèvement communal : reprendre la main politique…

À #Davos, #Trump incarne un imaginaire politique d’une brutalité assumée : je creuse, je colonise, je m’enrichis… Les sols, la nature, les vies, les peuples, la démocratie elle-même sont anéantis. Une modernité sans limites, sans responsabilité, sans soin.


Ce n’est pas un hasard si ses soutiens les plus emblématiques sont #Milei et #Poutine. L’un démantèle l’État et les solidarités au nom du marché total. L’autre écrase toute opposition au nom de l’ordre, de la force et de l’empire.
👉 Dis-moi qui te soutient, je te dirai qui tu es vraiment.

Comme l’analyse le philosophe belge Pascal Chabot, nous sommes confrontés à des #ultraforces : puissances financières, numériques, technologiques et extractivistes devenues hors d’échelle humaine. Elles se sont affranchies de tout, inaccessibles au débat démocratique.

Dans le même temps, comme le souligne Jean Viard, une contre-révolution est à l’œuvre : #masculiniste, #antiécologique, hostile aux limites, nostalgique de la force et de la verticalité. Elle prospère sur des colères bien réelles, mais détourne ces colères vers le ressentiment, la haine et la désignation de boucs émissaires.

Face à cette double dynamique — ultraforces globales et contre-révolution autoritaire — une question centrale se pose : où reprendre la main politique ?
La réponse que nous défendons commence dans la commune. Non comme un repli, mais comme un lieu stratégique de résistance démocratique, là où la politique reste incarnée, compréhensible, mise en discussion. Là où les citoyennes et les citoyens peuvent encore se parler, s’opposer, construire des alliances et transformer les conflits en décisions collectives.

À travers les États Généraux Communaux – EGC, les #doléances, les désaccords, les colères ne sont pas contenues ni méprisées : elles deviennent une matière politique légitime. Le #manifestecommunal est la forme par laquelle cette matière peut atterrir politiquement. Il transforme la parole en engagement, la critique en orientation, la résistance diffuse en projet partagé.

Le #manifeste n’est ni un slogan ni un programme électoral. Il est l’héritier des #chartes communales, du bon gouvernement de #Sienne et des principes de l’autonomie locale. Inspiré par le #convivialisme, le manifeste communal affirme une autre grammaire politique :
👉 accepter le conflit sans sombrer dans la destruction,
👉 opposer la limite choisie à l’extraction sans fin,
👉 préférer le soin du vivant à la domination,
👉 construire des alliances plutôt que des ennemis.

Face aux ultraforces qui écrasent et aux contre-révolutions qui excitent, le manifeste communal est un outil de soulèvement démocratique pacifique. Il ne promet pas la victoire immédiate, mais il rétablit l’essentiel : la capacité collective à décider, à nommer le réel et à reprendre responsabilité de l’avenir.

Les doléances de la Somme : conférence de Romain Benoit-Levy le 10/02/2026

Conférence « Déchiffrer les cahiers de doléances de la Somme de 2018-2019 ». Aux archives départementales de la Somme, à partir de 18h30 le 10 février 2026. Accès libre. Fermeture des portes à 18h30 précises.

Dans le contexte des mobilisations sociales qui ont marqué la France à la fin de 2018 — notamment les mouvements des Gilets jaunes — de nombreuses communes de la Somme ont ouvert des cahiers de doléances. Ces registres, inspirés des usages historiques mais réactivés ici par une double demande citoyenne et institutionnelle, ont rassemblé des milliers de contributions adressées aux autorités publiques. 

S’appuyant sur un corpus inédit de ces cahiers, Romain Benoit-Lévy et ses collègues ont entrepris une analyse interdisciplinaire (histoire, sociologie, cartographie et statistique) pour interroger ces écrits comme véritables sources historiques de l’expression politique contemporaine. Leur travail met en lumière les contextes de production, les types d’expressions sociales, ainsi que les préoccupations centrales des contributeurs — notamment sur le travail, la pauvreté, l’impôt et la justice sociale. 

🧠 Pourquoi c’est important

🔹 Cette recherche offre une lecture innovante des modes d’expression citoyenne contemporains, au carrefour entre mobilisation sociale et interaction avec les institutions. 
🔹 Elle questionne le rôle des formes écrites de doléances dans un climat de défiance envers les canaux traditionnels de représentation politique. 
🔹 Elle éclaire des enjeux de justice sociale et de démocratie participative à partir des paroles mêmes des citoyens. 

📚 Vers le travail de recherche

Le texte de fond sur lequel s’appuie cette conférence s’intitule :

👉 Baciocchi, S., Benoit-Lévy, R., Castanié, S., Cerutti, S., Sanchez, P.-L. & Schijman, E. (2024), Decrypting the Cahiers de Doléances: Sources, Contexts, and Political-Economic Proposals (Département de la Somme, 2018-2019)Annales. Histoire, Sciences Sociales, Vol. 79 (1), 7-56.

🔗 Vous pouvez consulter le résumé complet et accéder au texte via Cairn.info :
https://shs.cairn.info/journal-annales-histoire-sciences-sociales-2024-1-page-7?lang=en

CAHIER DE DOLÉANCES «LE RETOUR» 22 janvier à Fougères (35)

Et si on reprenait la parole qu’on nous a confisquée ? Souvenez-vous : en pleine crise des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron avait lancé les Cahiers de Doléances dans toutes les mairies de France… Mais depuis ? Silence. Aucun retour. Aucune réponse. Comme si notre parole n’avait servi qu’à calmer la colère, sans jamais être écoutée.
Les Insoumis.es du Pays de Fougères vous invitent à une soirée spéciale autour de cette parole populaire restée sans écho.

Lectures d’extraits authentiques de cahiers de doléances et exposition sur place tout au long de la soirée
Et pour finir : un débat ouvert pour redonner vie à ces paroles oubliées

Jeudi 22 janvier 2026
19h Salle de conférence
« Les Ateliers », 9 rue des frères Deverria à Fougères

Doléances : ce que le macronisme ne peut pas entendre

Comparer les vœux présidentiels de 2019, 2020 et 2026 ne relève pas de l’exercice rhétorique. Ces prises de parole successives dessinent, en filigrane, une conception très stable — et très révélatrice — de la place accordée à la parole du peuple dans le macronisme. Car derrière les mots d’unité, de responsabilité, de réforme ou de force, une question demeure obstinément évitée : qui décide, et à partir de quoi ?

2019 : la colère reconnue, la parole cadrée

Dans les vœux du 31 décembre 2018, en pleine crise des Gilets jaunes et au coeur du lancement de l’opération Mairies Ouvertes portées par l’AMRF et l’APVF, le Président reconnaît la colère. Il la décrit comme profonde, légitime dans ses causes, excessive parfois dans ses formes. Mais très vite, cette parole populaire est requalifiée: elle devient un problème de vérité, de pédagogie, de compréhension des contraintes.

La réponse proposée n’est pas un partage du pouvoir de décider, mais un appel à l’acceptation du réel. La démocratie est évoquée, certes, mais comme un système à ajuster, non comme un processus à refonder. Le peuple est invité à parler, mais dans un cadre défini par le sommet, et pour éclairer des décisions déjà largement pensées. Le Grand Débat le démontrera : exit la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) et ses règles à respecter, ce sera 5 garants et 4 thèmes pré déterminés. On n’ouvre pas, on ressere.

2020 : le moment du verrouillage

Les vœux du 31 décembre 2019 constituent le moment charnière. Le Grand Débat est cité, salué, présenté comme un exercice inédit de dialogue. Mais il est immédiatement refermé là encore. Jamais le corpus des doléances n’est nommé comme tel. Jamais il n’est reconnu comme une production politique autonome. Il n’est ni analysé publiquement, ni mis en débat, ni utilisé comme fondement d’un nouveau cap démocratique. Il est absorbé comme un épisode, un sas, un temps de respiration avant le retour aux choses sérieuses : les réformes.

La réforme des retraites est ainsi présentée comme inévitable, juste, rationnelle — et devant être menée à son terme. Le message est clair : la parole a été entendue, mais elle ne saurait redéfinir l’agenda. C’est là que se joue l’essentiel. Ce n’est pas un oubli. C’est un choix.

2026 : la parole disparaît, l’ordre s’impose

Dans les vœux pour 2026, la question démocratique a presque disparu. Le monde est dur, dangereux, instable. La France doit tenir. Les priorités deviennent l’unité, la sécurité, la force, l’indépendance. Le peuple n’est plus convoqué comme sujet parlant, mais comme corps à protéger, à mobiliser, à rassurer. Les élus locaux sont salués, les maires remerciés, mais comme piliers de la stabilité, non comme animateurs d’un débat démocratique vivant. La démocratie n’est plus un chantier. Elle est supposée acquise — à condition de ne pas faire de vagues.

Ce que les doléances posaient, et que le pouvoir ne pouvait pas accepter

Les doléances de 2019 portaient pourtant autre chose qu’une somme de revendications. Elles formulaient, souvent confusément mais puissamment, une tentative de réécriture du contrat républicain à partir du vécu des citoyennes et des citoyens. 

Elles disaient :

  • la fatigue démocratique,
  • le sentiment de dépossession,
  • l’injustice fiscale,
  • l’abandon des territoires,
  • la justice écologique
  • mais aussi le désir profond d’être reconnu comme acteur légitime de la chose publique.

Ce que les doléances mettaient en cause, ce n’était pas seulement telle ou telle politique. C’était la source même de la décision.

👉 Qui décide ? 👉 À partir de quelles expériences, de quels savoirs, de quels lieux ?

Cette question-là, le macronisme ne peut pas l’affronter sans se renier. Car il repose sur une conviction inverse : la décision procède du sommet, éclairée par l’expertise, puis expliquée, justifiée, accompagnée. Il n’y a donc pas d’autre alternative que ce ruissellement politique. 

Écoutez gronder les doléances

En République, chaque citoyenne, chaque citoyen a une place, une voix, un rôle. Pourtant, beaucoup se sentent éloignés de la vie politique réelle. Non par désintérêt, mais parce que notre système a progressivement désappris à inclure, à écouter, à reconnaître. La démocratie ne se limite pas au vote. Elle se vit, elle s’apprend, elle se pratique. Les doléances ne relèvent pas de la plainte individuelle. Elles sont un cri collectif. Le miroir d’un pays qui doute, qui souffre, mais qui espère encore. Un pays qui demande à être entendu, reconnu, associé.

C’est depuis la commune, depuis le territoire, depuis le lien social concret, que peut se reconstruire le pouvoir d’agir. L’idéal républicain n’est pas celui où chacun devient élu, mais celui où chacun se sent légitime pour proposer, interpeller, faire avec les autres. C’est ce lien qu’il faut restaurer. C’est ce pouvoir d’agir qu’il faut reconstruire.

Les États généraux communaux ne sont pas une nostalgie ni un gadget participatif. Ils sont la réponse politique à ce qui n’a pas été acté en 2019. Là où le pouvoir central a fermé, ils peuvent rouvrir. Là où la parole a été neutralisée, ils peuvent lui redonner une portée.

La culture, enfin, est une alliée précieuse dans ce chemin. Elle permet de dire, de transmettre, de relier. De rendre tout simplement heureux d’être humain. 

Commonweal : La politique des doléances à la française

Commonweal est une revue d’opinion américaine indépendante, publiée en anglais, qui se concentre sur la religion, la politique et la culture. Elle est particulièrement connue comme le plus ancien journal catholique d’opinion aux Etats-Unis, rédigé et géré par des laïcs, avec une approche intellectuelle et engagée sur des sujets contemporains. Nous publions ici l’article consacré aux doléances traduit de l’anglais. Vous pourrez retrouver le texte original à la fin de l’article.

Ce qu’une tentative avortée d’amplifier la voix des citoyens dit de l’état de la démocratie

Laurie Johnston, le 22 décembre 2025 Politique – Europe – Fratelli tutti

Manifestants des Gilets jaunes à La Rochelle, France, janvier 2019 (Fabrice Restier/Alamy Live News)

Tout automobiliste français est tenu de conserver dans son véhicule un gilet jaune réfléchissant, pour des raisons de sécurité en cas de panne. Mais lorsque les prix du carburant ont fortement augmenté en 2018, ces gilets ont pris une tout autre signification : des citoyens français ont commencé à les revêtir comme symbole de protestation, occupant des ronds-points partout dans le pays. Déjà en difficulté pour joindre les deux bouts, les manifestants s’inquiétaient de leur capacité à continuer à se rendre au travail. Leur message devait être clair : il y a urgence. Quelque chose ne va pas.

Ce sentiment que « quelque chose ne va pas » animait aussi le mouvement du Tea Party (précurseur du mouvement MAGA) et d’autres formes de populisme, de part et d’autre de l’Atlantique. Et de fait, quelque chose ne va pas : salaires trop bas, inflation, inégalités économiques croissantes, morts par overdose, désertification des territoires ruraux et des petites villes. Ces problèmes sont graves, profondément ressentis, et le ressentiment qu’ils suscitent est compréhensible — même si l’idée qu’un milliardaire célèbre puisse y apporter des solutions adéquates ne l’est pas. La tragédie du populisme contemporain tient au fait que ses leaders s’emparent de détresses bien réelles pour les instrumentaliser à leur profit : « Le manque d’attention aux plus vulnérables peut se dissimuler derrière un populisme qui les exploite démagogiquement à ses propres fins », écrit le pape François dans Fratelli tutti.

Ce sentiment de dysfonctionnement est également canalisé vers des théories du complot qui déforment les griefs légitimes et détournent l’attention. C’est l’une des raisons pour lesquelles QAnon ou les théories complotistes sur les vaccins sont si délétères : elles partent de problèmes réels (la traite des êtres humains, la marchandisation des soins de santé), mais orientent la colère dans des directions erronées et contre-productives. Les fantasmes autour de Q ou des micropuces occultent les menaces bien réelles que sont l’exploitation des enfants en ligne, la corruption dans l’industrie de l’assurance santé, ou les conflits d’intérêts à l’œuvre dans le mouvement MAHA (Make America Healthy Again). Plus grave encore, certaines théories du complot, attisées par des leaders populistes, désignent des boucs émissaires parmi les plus vulnérables. En s’en prenant aux immigrés ou aux minorités sexuelles — qui n’ont guère de prise sur les véritables causes du malaise — on détourne l’attention des milliardaires qui prospèrent grâce au capitalisme de connivence et aux salaires d’exploitation.

Mais que se passerait-il s’il existait un moyen d’écouter la détresse réelle des citoyens ordinaires, sans le filtre des agendas populistes, des influenceurs complotistes ou des partis politiques ? Lors du mouvement des Gilets jaunes, nombre de manifestants ont choisi de consigner leurs revendications par écrit, sous forme de doléances. Le président Emmanuel Macron a accueilli favorablement cette initiative et demandé que les doléances soient recueillies par les collectivités locales. Dans toute la France, les mairies ont collecté plaintes, propositions et souhaits. Dans certains endroits, un cahier était mis à disposition en mairie ; ailleurs, les citoyens apportaient leurs propres contributions, parfois très formalisées, dans des chemises plastifiées aux titres manuscrits. Il était aussi possible de déposer ses doléances en ligne, mais la France conserve une forte culture de l’écrit manuscrit, et la majorité des contributions est arrivée sur papier. Cela conférait aux textes une dimension profondément personnelle. Comme l’expliquait un chercheur à propos de la lecture de ces textes :

« On se retrouve face à face avec le texte, avec l’écriture, avec la personne qui l’a rédigé…
Et parfois, à travers certains types d’écriture, on comprend combien la personne a dû s’appliquer pour pouvoir écrire et être lue. On réalise que ce n’était pas pris à la légère… C’est d’autant plus violent, ensuite, de constater que cet engagement n’a pas été respecté. »

Un chercheur

Les doléances ont une longue histoire en France. Elles avaient été recueillies pour la dernière fois à une telle échelle en 1789, à une époque où la majorité de la population était analphabète et ne pouvait formuler seule ses plaintes. À la veille de la Révolution française, le roi Louis XVI avait ordonné la collecte de cahiers de doléances dans tout le pays. Ces cahiers furent ensuite apportés à Paris par les représentants convoqués aux États généraux, que le roi avait réunis pour tenter d’apaiser les ferments révolutionnaires.

Ces cahiers constituent un témoignage historique remarquable des préoccupations de toutes les composantes de la société — clergé, noblesse et gens du Tiers État. Or les revendications du Tiers État résonnent encore aujourd’hui : droits civiques fondamentaux, justice fiscale, égalité politique. Il est difficile de ne pas éprouver de sympathie pour les habitants de Blois, qui s’adressaient ainsi au roi :

« Nous supplions Sa Majesté :

  • De prendre les moyens les plus efficaces pour prévenir les banqueroutes ;
  • De fixer un terme au-delà duquel les prisonniers pour dettes pourront recouvrer leur liberté ;
  • De s’employer à améliorer la condition des nègres dans les colonies.

Convaincus de la grande influence de l’instruction publique sur la religion, les mœurs et la prospérité de l’État, nous supplions Sa Majesté de la favoriser de tout son pouvoir. Nous désirons :

  • Que l’instruction publique soit entièrement gratuite, tant dans les universités que dans les écoles de province… »

Leurs espoirs étaient élevés, mais les membres du Tiers État n’étaient pas naïfs. L’auteur d’un cahier d’Orléans mettait en garde :

« Pour être représentés aux États généraux, nous ne pouvons choisir ni un seigneur ni un noble sans courir le plus grand danger. Il existe des seigneurs humains, généreux et bons. Mais ils peuvent être jaloux de leurs droits et privilèges et nous maintenir dans la dépendance. Nous ne devons faire confiance à aucun gentilhomme qui nous approche, ni à ses domestiques, pour se faire élire… Leurs projets sont de nous piéger et ils ne veulent que nous tromper. En tant que laboureurs… si nous cherchons nos représentants ailleurs, nos intérêts seront sacrifiés et nous resterons pauvres. »

Un laboureur.

Malgré ces réserves, la collecte des doléances a nécessairement fait naître des attentes. Il n’est donc guère surprenant que, plus tard dans l’année, lorsqu’il est devenu évident qu’elles resteraient lettre morte, la situation ait dégénéré — au plus grand détriment de Louis XVI et de l’Ancien Régime. La démocratie suppose une certaine foi dans le fait que « le peuple » sait ce qui est dans son intérêt.

Quand Macron suit l’exemple de Louis XVI

Il est d’autant plus surprenant qu’après avoir initialement accueilli les doléances en 2018 et 2019, le président Macron ait suivi l’exemple de Louis XVI en les reléguant dans l’oubli. Une tentative précipitée de restitution publique a bien eu lieu, avec une conférence de presse prévue l’après-midi du 15 avril 2019. Mais ce jour-là, l’attention du monde entier était tournée vers Paris pour une toute autre raison : Notre-Dame brûlait. Le moment des doléances s’est dissipé, et depuis, plus un mot de la part du président.

Cette situation était inacceptable pour Fabrice Dalongeville, maire d’une petite commune du nord de la France. Il s’est lancé dans un voyage à travers la France rurale « à la recherche des doléances », accompagné d’une réalisatrice de documentaire. Dalongeville a rencontré des élus locaux, des chercheurs ayant pu accéder à certaines doléances conservées dans les archives municipales, et — plus émouvant encore — les auteurs de plusieurs contributions marquantes. Il a même soutenu deux « crieurs publics » qui, puisque Macron ne publiait aucun résultat, ont décidé de le faire eux-mêmes : ils ont proclamé à haute voix, sur la place publique de la ville, les doléances de leurs concitoyens, redonnant une voix physique à ces revendications.

Que contiennent ces doléances ? Certaines sont polies, parfois même amusantes. À Bordeaux, où l’on parlait d’un « cahier d’espoirs », on peut lire : « J’aimerais que l’école commence plus tard, vers 9 h 30 si possible. » Ou encore : « Bonjour, Monsieur Macron. Avez-vous des projets pour les mères célibataires ? » D’autres sont plus véhémentes, voire désespérées : « Le temps des rois est aboli. Venez vivre nos vies, et peut-être comprendrez-vous ensuite. Mais j’en doute. Vous êtes trop au-dessus de tout cela. » « La vie est trop chère. Trop dure. »

Certaines sont particulièrement fortes : « Les valeurs de la France sont Liberté, Égalité, Fraternité…L’égalité ? Comment parler d’égalité quand il faut six vies entières de travail au SMIC pour gagner ce que d’autres gagnent en une heure ? Où est la fraternité quand les gouvernements ont oublié leurs devoirs tout en imposant leur vision ? Ils n’écoutent pas le peuple. Messieurs les dirigeants, je ne suis qu’un concitoyen parmi tant d’autres. Mais permettez-moi de vous rappeler que “concitoyen” est un seul mot. »

« La démocratie ne se limite pas au vote… »

Le sentiment de distance, de ne pas être écouté ni reconnu, est palpable. Les auteurs se sentent abandonnés par les responsables politiques qu’ils ont élus. C’est là que l’attention minutieuse portée par Dalongeville aux doléances et aux personnes qui les ont rédigées fait contraste. Il n’est ni Gilet jaune, ni militant partisan, mais simplement un élu local respectueux de la dignité de ses concitoyens et désireux que l’État prête attention à leurs préoccupations. Comme il l’a écrit : « La démocratie ne se limite pas au vote. Elle se vit, s’apprend, se pratique. Et cela suppose des institutions plus poreuses, plus ouvertes. »

Dalongeville est un héros improbable. Modeste, sans apprêts, il semble se sentir aussi trahi que ses administrés, à qui il avait promis une réponse présidentielle. Mais ce qui domine, c’est ceci : il se soucie profondément des habitants de son village et de son pays. Qu’il partage ou non leurs opinions, il veut que leurs voix soient entendues. Pour lui, les cahiers de doléances ne sont ni une nuisance, ni un simple enjeu de communication à gérer, mais de véritables « trésors ». Ils incarnent la dignité de toutes celles et ceux qui ont pris le temps d’écrire.

Même lui, pourtant élu de la République, a eu du mal à se faire entendre à Paris. Il a fini par attirer l’attention de quelques parlementaires, avec des résultats limités. On peut se demander si un maire de petite commune, aussi déterminé soit-il, peut jamais amener Monsieur le Président à réellement écouter son peuple.

Le problème de nombreuses démocraties, c’est celui de la distance

Le problème de nombreuses démocraties aujourd’hui est celui de la distance : entre la volonté des citoyens et les décisions de leurs dirigeants, entre travailleurs et dirigeants d’entreprise, et même entre responsables politiques, enfermés dans des systèmes polarisés qui rendent toute coopération difficile. L’effort de Dalongeville pour écouter réellement les citoyens ordinaires donne un aperçu de ce que pourrait être une démocratie où chaque voix compte réellement.

La démocratie suppose une certaine confiance dans la capacité du peuple à discerner son propre intérêt et à choisir ce qui est bon pour la collectivité. Mais l’opinion publique peut être manipulée par la publicité et la propagande, les algorithmes des réseaux sociaux, l’intelligence artificielle, et bien sûr par des responsables politiques qui « cherchent la popularité en flattant les penchants les plus bas et les plus égoïstes de certains secteurs de la population », pour reprendre Fratelli tutti. L’argent déforme également le débat lorsqu’il est orienté vers les idées soutenues par quelques oligarques plutôt que par un mandat populaire. Tout cela alimente une polarisation qui masque l’étendue réelle des convergences entre électeurs.

En offrant un accès direct et non médiatisé à la parole citoyenne, les doléances révèlent les potentialités d’une démocratie débarrassée de ces distorsions. Un consultant, Gilles Proriol, a eu un accès temporaire à un vaste corpus de doléances et en a dégagé des thèmes récurrents. Sa conclusion immédiate : nombre de sujets dominants dans les médias et le discours politique ne sont pas, en réalité, des préoccupations majeures pour la plupart des citoyens. « On parle très peu d’immigration, explique-t-il, quand on ne pose pas la question directement. Les enjeux d’immigration, de sécurité, de violence et de terrorisme ? Spontanément, lorsque l’on pose des questions ouvertes, ce ne sont pas les sujets qui préoccupent le plus les gens aujourd’hui. »

À l’inverse, de nombreux thèmes — notamment la santé, la fiscalité, les services publics et la démocratie — font apparaître un tel consensus qu’il serait « tout à fait possible d’élaborer un programme politique de plus d’une centaine de propositions qui recueillerait l’adhésion de l’immense majorité des Français ». Les expériences réussies de démocratie plus directe — comme les assemblées citoyennes dotées d’un pouvoir de recommandation politique dans certaines communes belges, ou le budget participatif de Porto Alegre à New York — semblent lui donner raison.

En 1865, Abraham Lincoln écrivait : « Le peuple, lorsqu’on lui fait pleinement et justement confiance, rendra cette confiance. » Si seulement davantage de dirigeants faisaient confiance à leurs concitoyens et, à l’image du maire Dalongeville, considéraient leur parole comme un trésor.

Laurie Johnston est professeure de théologie à Emmanuel College et membre de la communauté de Sant’Egidio.

Pour retrouver le texte original publié sur Commonweal, c’est ici.

Pourquoi faut-il lire le discours introuvable du 15 avril 2019 de E. Macron, jamais prononcé…

On nous demande régulièrement de partager le texte du 15 avril 2019. Il faut le faire. Non par nostalgie, mais par exigence républicaine. Car ce discours n’a jamais été prononcé, et il n’a jamais été publié officiellement. Retrouvé plus tard par des journalistes politiques, il a circulé discrètement, presque sous le manteau. Relire aujourd’hui ce texte, c’est confronter les mots à la réalité de l’action publique — et mesurer comment une colère reconnue en apparence a, en réalité, été durablement entretenue.

Il faut d’abord établir les faits. Le 15 avril 2019, Emmanuel Macron avait enregistré une allocution solennelle, refusant le format de l’interview télévisée, au terme du Grand Débat national. L’incendie de Notre-Dame de Paris empêcha sa diffusion. Mais contrairement à ce que beaucoup croient encore, ce discours n’a ensuite jamais été publié officiellement par l’Élysée.

Il a fallu le travail de journalistes politiques pour retrouver le texte, le reconstituer et le rendre accessible. Sa diffusion s’est faite de manière informelle, sans statut clair, sans reprise présidentielle, sans acte politique assumé. Pourtant, sa lecture en dit long sur la méthode que l’on observe et que l’on vit depuis sept ans.

Que dit-il en synthèse. Le diagnostic est net. Le texte parle explicitement de crise de la représentation (« ceux qui nous représentent ne nous écoutent pas »), de crise de l’efficacité (« rien ne change »), et surtout de crise de la justice : injustice sociale, territoriale, fiscale, sentiment d’abandon 

Le Président écrit avoir entendu « des voix que notre République n’entendait plus ». Mais reconnaître par écrit n’est pas reconnaître politiquement. Et nommer une colère n’est pas lui donner des droits. Le cœur du problème est là : ce texte reconnaît la colère comme émotion, mais refuse de la reconnaître comme fait politique structurant. D’autant plus quand vous portez la principale responsabilité. 

Ainsi, la colère est-elle immédiatement requalifiée : crise mondiale, brutalité du monde contemporain, effets de la mondialisation, du numérique, des investisseurs internationaux. La responsabilité politique nationale est ainsi diluée dans un récit de fatalité. Le discours annonce pourtant « un acte nouveau pour notre République », présenté comme un « point de départ pour l’avenir ». Mais aucun mécanisme institutionnel nouveau n’est créé pour garantir une traduction durable de la parole citoyenne. Il n’y a :

  • ni reconnaissance des cahiers de doléances comme outil démocratique pérenne,
  • ni droit de suite obligatoire,
  • ni inscription locale contraignante,
  • ni partage réel du pouvoir de décision.

Au contraire, la réponse est (re)centralisée : participation encadrée, conventions consultatives, référendums limités, décentralisation promise mais conditionnée, reconnaissance verbale des maires et affaiblissement matériel continu de leur capacité d’agir. Le statut de l’élu récemment adopté par le Parlement ne modifie pas l’orientation générale. La phrase-clé résume tout : « Je crois en l’État ». Un État qui écoute, mais qui décide seul. Un État qui reconnaît, mais qui ne change pas.

Ce texte n’a donc pas calmé la colère. Il’a contenue sans la traiter, ce qui, en République, est la manière la plus sûre de l’entretenir. Car la colère de 2018–2019 ne demandait pas d’abord des mots, ni même des mesures sectorielles. Elle posait une question politique fondamentale : où se décide le commun, et avec qui ? Sept ans plus tard, la réponse est connue. La réforme constitutionnelle annoncée n’a jamais abouti. La décentralisation s’est traduite par une réduction des marges locales. La justice fiscale invoquée n’a pas corrigé les choix structurants initiaux. La parole citoyenne est restée hors des lieux de décision.

Reprendre la main avec les États généraux communaux

Le caractère introuvable de ce discours — non prononcé, non publié, diffusé tardivement — prend alors une valeur hautement symbolique. Ainsi, relire ce texte aujourd’hui n’est pas un exercice de mémoire. C’est un élément à relier avec la publicisation des doléances elles-mêmes. 

Et c’est précisément parce que cette reconnaissance est restée formelle que les États Généraux Communaux s’imposent désormais comme une nécessité : non pour contester l’État, mais pour réparer une défaillance démocratique majeure — l’absence de conséquences données à la parole citoyenne.  La colère n’a pas disparu. Elle attend toujours autre chose qu’un texte retrouvé après coup.

Entre colère et espoir : quand les cahiers de doléances reprennent voix

Sept ans après leur rédaction, les cahiers de doléances continuent de parler. À Tarbes, leur restitution par un collectif citoyen a ravivé une parole intacte, entre colère et espoir. Face à une écoute institutionnelle restée trop souvent minimale, se pose une question centrale : que fait-on politiquement de ce qui a été dit ? Les États Généraux Communaux proposent une réponse simple et radicale à la fois : redonner des conséquences à la parole citoyenne, à l’échelle de la commune.

Vendredi 19 décembre 2025, j’ai assisté et participé à la restitution du travail du collectif #Éveilcitoyen des Hautes-Pyrénées autour des cahiers de doléances de 2018–2019, présentée par Yves Castera, conseiller municipal à Ibos. La rencontre se tenait aux Archives départementales, récemment installées dans un bâtiment neuf à Tarbes. Deux séances, près de 80 personnes. Entre colère et espoir.

Colère, parce que ces textes ont été écrits il y a sept ans et que beaucoup ont le sentiment qu’ils ont été rangés, classés, archivés — mais rarement lus, encore moins pris au sérieux politiquement. Espoir, parce qu’ils existent toujours, qu’ils disent quelque chose d’essentiel. Dans la salle, certains avaient écrit à l’époque. Une parole qui revient. Une parole qui ne se résigne pas.

Le travail accompli est rigoureux, exigeant, profondément respectueux de la parole citoyenne. Les cahiers ont été intégralement photographiés, retranscrits, anonymisés, en lien étroit avec les archives départementales. Puis analysés à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle — non pour “penser à la place”, mais pour ordonner fidèlement un corpus massif, à partir de questions ouvertes, non orientées. Une ligne claire : ne rien trier politiquement, ne rien évacuer, ne rien rendre “acceptable” a posteriori.

Les résultats démentent bien des caricatures

Les doléances parlent ici d’abord de justice sociale et fiscale pouvoir d’achat, de services publics de proximité, de transition écologique juste. Une parole profondément ancrée dans le quotidien, largement non partisane, souvent argumentée, digne. Beaucoup s’adressent encore au Président de la République avec respect. Une colère, oui. Mais une colère qui continue de croire à la République. Dans les échanges, une formule a résumé l’enjeu politique :

« Une grande parole face à une petite écoute ».

On demande aux citoyens de s’exprimer, puis on neutralise les effets de cette expression. On transforme l’acte politique en exercice cathartique sans lendemain. Et cette expérience-là produit de la fatigue démocratique, de l’abstention, du retrait. Elle installe l’idée que parler ne sert plus à rien — ou pire, que parler sert surtout à être contourné.

Mais cette fatigue produit aussi de la résistance.

C’est précisément là que les États Généraux Communaux (EGC) trouvent leur sens.
Ils ne sont pas une “innovation démocratique” de plus. Ils ne relèvent ni de la consultation cosmétique, ni du participatif sous contrôle. Ils se veulent le prolongement concret de ce travail de restitution : un cadre local pour lirediscuterhiérarchiserse former et surtout mettre en œuvre ce qui a été exprimé.
Autrement dit : organiser non seulement la parole, mais la suite.

Car les cahiers de doléances ne sont pas un sondage. Ils ne prétendent pas dire “le peuple”. Mais ils donnent à entendre une parole écrite, située, déposée commune par commune, souvent par des personnes qui, d’ordinaire, ne parlent pas — ou à qui l’on ne donne jamais vraiment la parole. Ils constituent un matériau politique rare, brut, profondément républicain, et pourtant encore largement orphelin de débouchés institutionnels.

Cette restitution pose donc une question plus large, qui dépasse largement le cadre des Hautes-Pyrénées : que devient une parole citoyenne reconnue comme légitime, lorsqu’elle n’est suivie d’aucune traduction politique durable ?

Cette question renvoie directement au discours présidentiel du 15 avril 2019, prononcé au terme du Grand Débat national, et à ce qui, depuis, a été fait — ou non — des cahiers de doléances. C’est l’objet du second article à paraître sur lesdoleances.fr : non pour rouvrir le procès du passé, mais pour comprendre pourquoi, six ans plus tard, la démocratie locale apparaît plus que jamais comme une condition de la reconstruction républicaine.

A Tarbes, j’ai vu un public attentif, parfois dur, souvent inquiet, mais pas résigné. Entre colère et espoir. Les États Généraux Communaux ne sont pas là pour calmer, ni pour canaliser. Ils sont là pour redonner prise, pour réarticuler parole citoyenne, action locale et responsabilité politique. Et pour rappeler une chose simple, mais décisive : la démocratie ne meurt pas faute de parole, mais faute de conséquences.

Publication des cahiers de doléances : l’heure de la décision politique

La réunion du groupe de travail consacrée à la publicisation des cahiers de doléances, initialement prévue le 4 décembre 2025, a été ajournée. Le dossier qui est entre les mains du cabinet du Premier ministre, Sébastien Lecornu, depuis mi-novembre, n’a pas encore pris de position sur les orientations proposées par le comité technique. À ce stade donc, aucune décision n’a donc encore été rendue, alors même que les travaux préparatoires ont abouti à des préconisations claires et partagées.

Cette attente continue de prolonger un paradoxe démocratique : quasiment sept ans après le #Granddébat national, des centaines de milliers de doléances restent dans l’ombre de la vie démocratique de notre pays, alors qu’ils constituent l’une des expressions citoyennes les plus massives de l’histoire contemporaine.

C’est dans ce contexte que, à l’occasion du Congrès des maires de France, une délégation d’élus de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF) a été reçue au ministère de la Culture pour un temps d’échange avec l’actuelle ministre, Rachida Dati, en présence du ministre chargé de la ruralité, Michel Fournier. J’ai pu y interpeller directement la ministre sur l’enjeu majeur que représente la publication du corpus des doléances, en rappelant les préconisations arrêtées par le comité technique le 6 novembre dernier et transmises au Premier ministre. La ministre n’ayant pas encore reçu ces éléments, cet échange a permis d’insister sur la portée démocratique, mémorielle et politique de ce dossier.

Une orientation claire arrêtée le 6 novembre 2025

Pour rappel, le groupe de travail dédié à la publicisation des cahiers de doléances s’est réuni le 6 novembre 2025. Piloté par la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP), différents scénarios techniques, juridiques et budgétaires possibles pour rendre ce corpus accessible au public ont été présentés et analysés.
À l’issue des échanges, une orientation unanime s’est dégagée : confier l’analyse, la mise en forme et la valorisation du corpus au Campus Condorcet, en s’appuyant sur la recherche publique et sur les infrastructures existantes, plutôt que de recourir à une externalisation massive auprès de prestataires privés. Ce choix répond à une double exigence : garantir un haut niveau de rigueur scientifique et éthique; inscrire la démarche dans une logique de bien commun démocratique, et non de simple traitement technique.

Le rôle central du ministère de la Culture

Parmi les points soumis à arbitrage figure la question du portage politique du projet. Le groupe de travail a souligné la nécessité de désigner un ministère responsable à la fois : juridiquement (au regard du RGPD et de la loi Informatique et Libertés), éditorialement, et symboliquement.
C’est dans ce cadre que j’ai plaidé, auprès de la ministre de la Culture, pour un portage fort par son ministère, légitime au regard de la mission de conservation et de transmission de la mémoire démocratique du pays. Les cahiers de doléances ne sont pas de simples données administratives : ils constituent un patrimoine civique vivant, appelant un traitement à la hauteur de leur portée historique.

Une méthode progressive et sécurisée

Le groupe de travail propose une démarche pragmatique et réaliste : S’appuyer sur les numérisations existantes conservées aux Archives nationales, avec une amélioration ciblée des pages défectueuses en lien avec les Archives départementales; Lancer une phase de test (POC) au premier semestre 2026 sur un nombre limité de départements, afin de : sécuriser juridiquement le processus, tester les outils techniques, ajuster les choix de pseudonymisation, et évaluer les coûts réels avant un passage à l’échelle nationale.
Cette phase devra notamment permettre de trancher la question sensible de la granularité géographique des recherches (commune ou département), enjeu clé pour l’accessibilité citoyenne comme pour la protection des personnes.

Associer les collectifs citoyens : un enjeu démocratique majeur

Un point essentiel des préconisations concerne la mobilisation des collectifs citoyens, engagés depuis 2019 dans la défense et la valorisation des doléances.Leur implication pourrait permettre : une amélioration progressive de la retranscription et de la pseudonymisation, une réduction significative des coûts, et surtout une réappropriation citoyenne de ce corpus.
Cette participation devra être strictement encadrée pour éviter toute requalification juridique, mais elle constitue une piste décisive pour concilier exigence démocratique, soutenabilité financière et intelligence collective.

Une décision désormais attendue

Le scénario du Campus Condorcet, le rôle possible du ministère de la Culture, la méthode progressive et l’association des citoyens ont été clairement posés.Le travail technique est fait. Les orientations sont connues.
Il appartient désormais au Premier ministre et à son cabinet de prendre position. De cette décision dépendra la capacité de la République à reconnaître, rendre visible et transmettre la parole citoyenne issue du Grand débat national — non comme un vestige embarrassant, mais comme un socle pour refonder la confiance démocratique.

Cahiers de doléances 2019 : la parole aux citoyens reprend vie

En 2019, au lendemain de la crise des Gilets jaunes, des centaines de citoyennes et citoyens du Calvados ont confié leurs témoignages, leurs cris du cœur et leurs propositions dans les Cahiers de doléances. Ces cahiers, rebaptisés Cahiers citoyens, ont été déposés aux Archives départementales en avril 2019… puis oubliés.
Cinq ans plus tard, en septembre 2024, le collectif Réveiller les doléances s’est replongé dans ces 265 cahiers, avec une conviction : ces paroles doivent être entendues publiquement, dans nos villes et nos villages, comme cela aurait dû être le cas dès leur rédaction.

Deux soirées, une même démarche.
Pour redonner vie à cette parole citoyenne, deux soirées lectures-débats sont proposées :


Jeudi 16 octobre à 18h30 – Salle Jean Jaurès, Place Albert Thomas, Colombelles
Vendredi 17 octobre à 18h30 – Salle Jacques Duclos, 14 rue de l’Église, Giberville


Au programme : une lecture à quatre voix d’extraits choisis (environ 40 minutes), suivie d’un débat animé par :
Rémi Mauger, documentariste, à Colombelles
Damien de Winter, Maire de la commune de Giberville

Une parole citoyenne à partager.
Les Cahiers de doléances portent la voix de celles et ceux qui ont pris le temps d’écrire en 2019.

Des témoignages souvent forts, parfois bouleversants, toujours ancrés dans la réalité sociale et démocratique de notre pays.
Ces soirées sont l’occasion de redonner une place centrale aux citoyens dans le débat démocratique et de raviver une parole que l’on croyait enterrée.

Entrée libre et gratuite.

    Soirée lecture-débat : Cahiers de doléances 2019

    Cahiers de doléances 2019 :
    la parole aux citoyens !

    Lecture de 40 minutes à quatre voix, en présence, on l’espère, de certains de celles et ceux qui ont écrit.
    Le débat à Colombelles sera animé par Rémi Mauger, documentariste, et à Giberville par le maire,
    Damien de Winter.

    Témoignages, cris du cœur, propositions, les « Cahiers de doléances » ouverts en 2019 portent la parole des citoyens. Une parole forte à laquelle on avait promis de donner une place et qu’on a enterrée. Le collectif Réveiller les doléances, en collaboration avec des maires intéressés, vous propose de la découvrir à travers une lecture d’extraits choisis. L’occasion d’échanger autour de la place centrale du citoyen dans notre vie démocratique, que pointent aujourd’hui encore les mouvements sociaux.

    Déposés aux Archives départementales en avril 2019 sous le nom des « Cahiers citoyens », les Cahiers de doléances ouverts après la crise des Gilets jaunes ont sommeillé cinq ans. En septembre 2024, les quatre complices du collectif Réveiller les doléances, indignés par la promesse trahie du Président, se plongent dans les 265 cahiers du Calvados, avec l’idée de les faire entendre publiquement, dans les villes et villages, comme ils auraient dû être entendus.